Pourquoi désespérer ainsi le Chiapas ?

Les nouvelles qui nous viennent de l’Eglise du Chiapas (au Mexique) ne sont vraiment pas bonnes. De quoi pleurer devant tant de gâchis et de repli frileux… On sait le travail de terrain qu’a fait, contre vents romains et marées vaticanes, l’ancien et célèbre pasteur des lieux, Mgr Samuel RUIZ, évêque de San Cristobal de Las Casas, aujourd’hui à  la retraite.

Toute sa pastorale était pensée en vue de l’annonce de la bonne nouvelle aux Indiens, aux pauvres de là -bas.

Les vexations de l’autorité religieuse n’ont pas manqué, ni à  lui ni à  ses collaborateurs. Il a tenu bon. Jusqu’au bout, pour faire que Dieu parle enfin un peu moins romain et un peu plus indien. Et les fidèles ont entendu le message, dans des mots, des gestes, des images qui résonnaient profond en eux.

N’est-ce pas ainsi que l’on devient chrétien, lorsque l’Evangile, le Livre certainement le plus universel, le plus mondial, le plus humainement basique de toute la littérature de la planète, est entendu dans des oreilles de toutes les couleurs ? N’est-ce pas pour cela que cet Evangile a été écrit dans une autre langue que celle dans laquelle il a été proclamé au départ, pour faire qu’il n’appartienne à  aucune civilisation, à  aucune histoire nationale, mais à  toutes ? Et si son enracinement en Occident a favorisé son expansion dans le monde, cette inévitable occidentalisation du message n’a pas à  maintenir partout et toujours «  la pensée unique « , c’est-à -dire romaine. Ce n’est pas la couleur de son berceau qui doit déterminer à  jamais le vivant.

Mgr Ruiz avait voulu partager la misère et les espérances de son peuple, tout en bâtissant une Eglise inspirée par la théologie indienne. Et d’un tel partage, personne ne sort indemne. Il a été jugé trop révolutionnaire… Mais sa popularité mondiale l’a protégé jusqu’au bout d’une éviction à  la Gaillot.

A sa retraite, Rome avait écarté son coadjuteur nommé « avec droit de succession », parce qu’il fut jugé trop engagé dans la ligne du maître. Son remplaçant, choisi par Rome pour sa modération, Mgr Felipe Arizmendi, a pris pourtant le même chemin.

Est-ce cela qu’on appelle la contagion évangélique ou la Force de l’Esprit Saint ?

On le verra dans les textes publiés ci-après, les hauts responsables de l’Eglise du Mexique et de Rome poursuivent leur oeuvre de remise au pas. Ils ont en particulier interdit à  Mgr Arizmendi d’ordonner de nouveaux diacres. On peut s’étonner d’une telle interdiction. Nous pouvons y voir trois raisons, et dont aucune ne puise son fondement dans l’Evangile, mais par contre vise à  démolir définitivement l’oeuvre de Mgr Ruiz.

Le diacre, le plus souvent marié, est un homme plus proche de la population, de par ses engagements professionnels, son expérience de couple et de famille. Sa formation se fait souvent sur le terrain, loin des centres de formation bien surveillés. Par là  même il reste très sensible à  ce qui se vit. D’o๠la crainte de le voir toujours davantage perméable aux appels de l’indianité et d’une théologie repensée dans les structures mentales des indigènes du Chiapas

Rome a peur des communautés de base, de la lecture directe de l’Evangile par «  les pauvres et les petits « , du regard d’espérance des écrasés vers les lumières d’un changement possible… Il est sà»r que lorsqu’on vit avec moins d’un dollar par jour, bien des paroles de Jésus rebondissent dans le coeur des pauvres différemment que sur un ventre bien plein.

Le diacre est plus indépendant de l’autorité que ne l’est un prêtre, ne serait-ce que financièrement. Les diacres font peur à  l’autorité, surtout s’ils sont nombreux et influents. C’est dit dans les textes : Mgr Ruiz a ordonné trop de diacres, pour la plupart mariés, alors que diminue le nombre de prêtres. Par leur nombre, ils risquent de « noyer » les prêtres et de devenir les véritables responsables des communautés. Voilà  le Message aux mains de gens qui ne sont pas très sà»rs …

Cette importance des diacres, leur nombre, leur influence inquiètent parce qu’ils sont pour la plupart mariés… Et c’est là  l’argument sans doute le plus lamentable. Que des communautés chrétiennes prennent l’habitude d’avoir, proches d’eux, des diacres mariés, qu’ils verront vivre en couple et pourtant dévoués, c’est un nouveau coup porté, indirectement, au célibat des prêtres… On trouvera tous ces arguments dans les documents de ce petit dossier…

Un tel spectacle a quelque chose de terrible et les décisions des responsables de l’Eglise apparaissent comme suicidaires. Dans l’Occident de la richesse, ces mêmes responsables se lamentent sur le « matérialisme » des gens, sur leur oubli du spirituel, sur leur perte des repères… Là -bas, au Chiapas, comme dans beaucoup de régions d’Amérique latine, les baptisés, eux, sont en demande de spirituel, ils veulent lire leur vie à  la lumière de l’Evangile, dans la spécificité de leur situation… Ils veulent dire Dieu dans leurs mots, leur culture, leur instinct profond… Et que fait l’autorité ? Elle matraque, elle condamne…

Et pendant ce temps, les sectes se frottent les mains, attendant simplement que la déception leur amène, sur un plateau, les déçus de plus en plus nombreux L’Islam, jusqu’alors absent du continent, fait une percée non négligeable dans les pays hispanophones, apparaissant, une fois de plus, comme la religion des pauvres et des opprimés.

Sur nos vieilles terres chrétiennes, il est fréquent (et commode) d’incriminer « les Lumières » (le siècle), la Révolution de 1789, Mai 68… pour expliquer le recul de la foi chrétienne.

Les gens du Chiapas et d’ailleurs n’ont rien connu de tout ça…

Et pourtant, l’Eglise, là -bas, qui se dit aussi universelle, les yeux fixés sur son nombril romain, n’est pas plus capable que chez nous, d’analyser les courants de l’histoire, de voir les évolutions des mentalités même dans les bidonvilles, de sentir cette humanité en attente du Message.

Va-t-elle, longtemps continuer à  démolir ses prophètes et désespérer le Chiapas ?

Réformer des Miracles pour plus de miracles : Alleluia !

La raréfaction des miracles de Lourdes inquiète beaucoup certains. Le vibrionnant et hyperactif évêque compétent, Mgr Jacques Perrier souhaite donc une procédure différente de reconnaissance, plus graduelle et permettant de proposer à  l’intérêt des fidèles davantage de guérisons.

Le souci de Mgr Perrier est de se dégager des contraintes actuellement très fortes qui pèsent sur toute velléité de reconnaissance, prudence romaine oblige.

Les critères très rigoureux en vigueur remontent pour l’essentiel au XVIIIe siècle, au Cardinal Prospero Lambertini, futur Benoît XIV.

Actuellement, pour qu’un miracle soit reconnu il faut que la maladie soit incurable, que la guérison soit soudaine, parfaite et bien entendu définitive et sans rechute. En outre, il faudrait en principe que le guéri n’ait bénéficié d’aucun traitement.

A l’évidence, ce critère complique aujourd’hui beaucoup les choses. A supposer qu’une personne soit atteinte d’un cancer, elle ne négligera certes pas de suivre un traitement, en général. Certes, il y a de exceptions mais ce critère de non-traitement diminue considérablement le nombre des candidats à  une reconnaissance de guérison.

Par ailleurs les médecins, même les plus catholiques, reconnaissent avec parcimonie une guérison vraiment et totalement inexplicable. Qui plus est, certaines guérisons apparentes pourraient n’être, en définitive, que des rémissions provisoires.

Mgr Jacques Perrier qui semble désirer avoir plus de miraculés propose donc que les évêques français distinguent en quelque sorte trois degrés de miracles :

– le premier serait celui des « guérisons inattendues » pas forcément miraculeuses stricto sensu;

– le deuxième serait celui des « guérisons confirmées« , à  savoir certaines des premières qui semblent définitives;

– la troisième serait celle de « la reconnaissance du caractère exceptionnel de la guérison« .

Tout cela est fort intéressant. On y devine l’impact d’une nouvelle théologie du miracle, telle que la préconisait jadis le défunt Cardinal Pierre Eyt et qui est davantage centrée sur la valeur de signe d’amour que sur une stricte affirmation d’un caractère totalement surnaturel « prater ordinem naturae » de la guérison.

J’avoue tiquer un peu lorsque le très enthousiaste Mgr Perrier s’empresse d’ajouter qu’il « s’agit d’abord d’une question qui touche à  la foi« .

Pourtant Benoit XVI n’avait-il pas dit que les révélations privées, apparitions et miracles ne relevaient justement pas de la foi divine.

Derrière la volonté bien compréhensible de réformer des critères surannées nous redoutons en fait une propension à  vouloir redonner plus de place à  des éléments périphériques discutés.

Comme pour adresser de charmants clins d’oeil à  des foules nostalgiques de la religiosité et qui risquent d’aller voir ailleurs si elle y est encore.

Et à  ce niveau là , les communautés charismatiques, riches en guérisseurs et bergers de tout poil seront les relais idoines pour faire converger les fonds à  la recherche du magique et du merveilleux.

Il y a longtemps qu’elles attendaient un tel cadeau !

L’âge de la retraite

Lors du Consistoire fermé qui s’est tenu à  Rome, il a été également question de l’âge de la retraite des évêques diocésains et des responsables de Curie de rang épiscopal. Jusqu’à  présent, l’âge limite, fixé par Paul VI était de 75 ans, avec on l’imagine en bonne latinité, un certain nombre d’exceptions. Des archevêques de grand renom sont même restés en poste jusqu’à  plus de quatre-vingt ans. Ce fut le cas des cardinaux Joseph Hoeffner (Cologne), Franz Koenig (Vienne), John O’Connor (New York), Giuseppe Siri (Gênes) pour n’en citer que quelques uns.

En raison du recul de l’âge de nomination et de l’accroissement de l’espérance de vie, il semble largement souhaité de repousser l’âge de la retraite à  80 ans.

Un autre souci avait été déjà  largement exprimé dans le passé. Celui d’éviter le carriérisme, le jeu des chaises musicales, le passage de prélats d’un diocèse à  un autre.

Dans l’Eglise ancienne, l’évêque était comme marié avec son Eglise. Le passage à  un autre diocèse, même plus grand, n’était envisageable qu’à  titre erxceptionnel (par exemple crise dans un autre diocèse demandant le secours d’un homme de grande expérience, ou problèmes perrsonnels de l’évêque).

Il y a une dizaine d’années, plusieurs cardinaux de la Curie et non des mondres puisqu’il s’agissait des cardinaux Re, Fagiolo, Gantin … et Ratzinger lui-même semblaient prendre partie en faveur d’un retour partiel à  la spiritualité ancienne : le passage d’un diocèse à  un autre devant rester l’exception.

Une autre réforme envisageable pourrait être la réintégration des cardinaux de plus de quatre vingt azns dans le Conclave.

Paul VI, en 1970, les en avaient écartés, pourt des raisons stratégiques. Parmi la vieille garde des prélats octogénaires et nonagénaires d’alors il comptait de nombreux ennemis. Beaucoup de ces vieux prélats (souvent de Curie comme le Cardinal Ottaviani) ne dissimulaient pas leur volonté de siffler la fin de la récréation conciliaire.

Le cardinal Montini, le pape du moment, savait qu’en cas de décès prématuré, il ne pourrait bien sà»r plus compter sur lui-même pour enrayer l’évolution: une frange importante de vieux prélats se mobiliseraient en faveur du Cardinal de Gênes, Giuseppe Siri. La page conciliaire se fermerait.

Par la suite, en 1990, une vingtaine de cardinaux émirent une supplique au Pape demandant leur réintégration au Conclave (parmi eux, deux non-concernés, puisqu’âgés de moins de quatre-vingt mais solidaires de leurs aînés, les cardinaux Agnelo Rossi et William W. Baum). Jean Paul II repoussera la suggestion.

Désormais, pour Joseph Ratzinger, il s’agirait de corriger ce qui fut jadis, selon lui, une rupture avec la tradition. En effet, l’exclusion d’une part des cardinaux du Conclave, laquelle traditionnellement n’invalide sans doute pas l’élection, constitue une sorte de rupture par rapport à  la tradition.

Ironie de l’histoire, aujourd’hui, ce sont les cardinaux les plus conservateurs qui semblent réticents au retour des octogénaires (et plus).

En effet, au fil des années, le choix des hommes portant la pourpre s’est porté de plus en plus sur des prélats conservateurs. Beaucoup des grands ténors libéraux sont très âgés. Permettre leur retour au Conclave, au-delà  de la question de principe, serait faire rentrer à  nouveau des loups progressistes dans la bergerie (comme les cardinaux Etchegaray, Willebrands, Silvestrini, Piovanelli, Lorscheider ou Arns).

L’enjeu en vaut-il la chandelle? Avec un escadron encore convaincant de «  conciliaires « , Joseph Ratzinger aurait-il été si facilement élu?

L’engraissement du mammouth curial en question

Parmi les éventuels espoirs suscités ou maintenus par l’élection de Benoît XVI, il faut faire mention spéciale de l’idée d’une réforme de la Curie pour ajuster en définitive cet ensemble de services à  la véritable finalité qui seule les justifient.

Jusqu’à  présent, le Pape ne semble guère pressé d’entreprendre une vraie réforme importante de la Curie.

Certes, certaines attributions passent d’une Congrégation à  une autre; l’un ou l’autre dicastère a perdu ou perdra son autonomie (comme par hasard le Conseil pour le dialogue interreligieux); l’un ou l’autre pourrait être constitué (par exemple pour la promotion de la musique sacrée et du chant latin).

Il est non moins vrai que le Pape Ratzinger n’entend pas favoriser l’engraissement du mammouth curial. A la différence par exemple d’un Angelo Sodano, cardinal Secrétaire d’Etat sur le départ,

Benoît XVI ne mise pas sur l’excroissance de ce corps centralisé et se conservant lui-même pour imprimer à  l’Eglise une orientation plus nette et lui permettre de mieux laisser transparaître sa nature profonde. Inspiré par l’ecclésiologie allemande de Romano Guardini, le Pape a beaucoup moins tendance que les cardinaux italiens à  souligner la visibilité et à  majorer la dimension juridique et institutionnelle.

L’Eglise relève davantage de l’ordre du mystère.

D’autres réformes seraient en cours : l’âge de la retraite des évêques serait reportée à  quatre-vingt ans ; le transfert d’un siège à  un autre serait rendu moins facile; les cardinaux octogénaires retrouveraient droit de cité au Conclave.

Les grandes réformes attendues, en revanche, continuent à  se faire attendre. A commencer par un développement véritable de la collégialité épiscopale. Même si le choix récent pour la pourpre cardinalice du Président de la Conférence Episcopale française et non de l’archevêque de Paris constitue un indice intéressant.

L’enjeu véritable d’une Eglise qui reste à  réformer est de passer enfin du système ecclésiastique à  l’attestation ecclésiale. L’ampleur d’une telle mutation suscite bien entendu de fortes résistances. Le Cardinal Ratzinger semble se démarquer d’une sorte de complaisance généralisée et aveugle à  l’endroit du fonctionnement de la Curie. Il place ailleurs le centre de gravité : par exemple dans ses textes ou dans les célébrations.

Depuis pratiquement un demi-siècle, on ne compte plus les livres proposant des plans de réforme, de Hans Kung à  Ghislain Laffont. En fait, beaucoup de propositions se recoupent. Nous notons simplement trois accents principaux :

1 – une Eglise moins bureaucratique et davantage à  visage humain ;

2 – une rupture avec le modèle des Césars, car Rome n’est peut-être pas devenu vraiment chrétienne en définitive ;

3 – une répartition plus équilibrée des décisions et des initiatives.

4 – une mise à  plat théologique et doctrinale pour repenser la posture chrétienne dans le monde d’aujourd’hui.

Franchement dit, les logiques du pouvoir et du prestige qui se donnent libre cours, ne s’effaceront pas par un seul coup de baguette magique. Au contraire, semble-t-il. L’idée d’une véritable « emendatio » de l’Eglise, déjà  caressée en rêve par Luther, ne peut que rencontrer, malgré la bonne foi souvent des protagonistes, un obstacle insurmontable. La force d’inertie de tout système qui tend à  se conserver lui-même et néglige parfois ce pour quoi il est fait, se prenant pour son propre objectif.

Il y a sans doute une autre raison à  la prudence de Benoît XVI. Alexis de Tocqueville nous a appris qu’une institution déjà  trop usée et sclérosée risquait gros lors d’un appel d’air. Comme si l’édifice vermoulu menaçait alors de s’effondrer complètement. On sait que l’illustre historien français du XIXe siècle analysait ainsi la chute de l’Ancien régime au moment même o๠il commençait à  s’ouvrir aux réformes.

La vraie question posée, en définitive, est la suivante :

la fraîcheur et la confiance d’un Pape Jean XXIII, aujourd’hui, permettraient-elles à  l’Eglise de retrouver un visage plus évangélique et plus fraternel? Autrement, est-il encore temps de rattraper les choses? Les termites du conservatisme ont-elles fait leur oeuvre?

L’utopie reste notre route.

La confusion des genres

Le week-end dernier, Monseigneur Vingt-Trois s’adressait aux jeunes à  l’occasion du pèlerinage des étudiants à  Chartres. Or, en évoquant la crise provoquée par le CPE, il semble avoir oublié un principe fondamental de la réflexion chrétienne, notamment depuis la fameuse formule de Chalcédoine de « l’union sans confusion des deux natures du Christ » jusqu’au dernier Concile et son insistance sur la « juste autonomie des réalités terrestres » en passant par la devise de Jacques Maritain, « distinguer pour unir ». L’archevêque de Paris a, en effet, offert à  ses auditeurs un discours qui les plonge dans la confusion des genres. Il passe, sans avertir, de l’exhortation spirituelle à  l’analyse sociopolitique et vice versa.

Avec lui, bien sà»r, nous pouvons affirmer que le vrai bonheur c’est le Christ ; « personne ne peut l’apporter tout cuit sur un plateau avec le talisman d’un diplôme (… ) Ce bonheur, il est le fruit de l’amour qui transforme notre vie et qui lui donne une dimension nouvelle. Il n’est pas le repos après l’effort ; il est le réveil quotidien de l’inquiétude pour la vie de nos frères ».

Mais comment comparer cette inquiétude, attitude mystique vécue dans l’assurance de la foi, avec « l’anxiété face à  l’avenir » qui taraude nombre de nos contemporains parce qu’ils ne savent pas si demain ils pourront manger ou se loger, même en France !

La Doctrine Sociale de l’Eglise nous rappelle au contraire la nécessité de lutter de toutes nos forces contre cette insécurité afin que tout homme et toute femme puisse vivre selon sa dignité.

Certes notre œsociété de consommation est à  critiquer, mais, justement, non pas parce qu’elle assure la sécurité. Bien plutôt parce qu’elle engendre la précarité pour un nombre croissant de personnes !

Monseigneur aura sans doute eu des informations sur les (sic ! pas « des ») AG des facs « manipulées et les décisions arrachées par des minorités d’influence » qui ne sont peut être pas complètement fausses, – tout juste un peu partielles et partiales -. Mais la comparaison de ces situations complexes avec les « fantômes des totalitarismes » rappelant l’Allemagne et la Russie du siècle dernier, montre le simplisme de l’analyse !

Certes le Christ est « celui qui ne déçoit pas et qui ne trompe pas », mais quant à  dire qu’il « nous garantit la véritable sécurité, celle qui vient de Dieu », il y a un pas qu’il faut franchir en se rappelant la passion ! Paradoxale sécurité !

Et puisque Monseigneur s’interroge, en même temps que les jeunes, en leur demandant : « sommes- nous prêts à  faire confiance à  Dieu et à  risquer nos sécurités dans le service de nos frères ? Ou bien préférons-nous la société de consommation et de la protection du niveau de vie ? », nous aimerions préciser la question : « cher frère évêque, es-tu prêt à  aller vivre dans un squat, sans protection sociale ni sécurité ? »

La confiance totale que nous demande le Christ, l’insécurité et l’inquiétude mystiques auxquelles il nous convie, ne sont jamais l’humiliation de devoir demander son pain, à  moins d’identifier la vocation baptismale à  celle d’un Pierre Valdo ou d’un Saint François. Ce que l’Eglise n’a jamais fait ! Mais il est vrai, après réflexion, qu’un archevêque mendiant pourrait être un signe fort.

Cher frère André, rejoins donc Mgr Gaillot ou l’abbé Pierre auprès des plus pauvres et lutte avec eux pour leur sécurité matérielle !

Je résume : confusion des genres, faiblesse de l’analyse…

Regardons sa lecture du récit de l’aveugle-né. Là  encore, la clairvoyance n’est pas le charisme de Monseigneur. Passons sur une erreur puisque Monseigneur pense que « tout le monde veut contester ce qui est évident : il est aveugle et maintenant il voit », ce qui est faux puisque les témoins sont divisés (Jn 9, 8) et les parents conscients du changement (9, 20).

L’archevêque de Paris poursuit en affirmant que « notre monde super-médiatisé regorge de spécialistes autoproclamés, capables de tout vous expliquer et de vous convaincre qu’ils avaient tout prévu, surtout après coup »…

Le diagnostic n’est pas complètement erroné, à  condition d’y inclure aussi les prises de positions d’une Eglise qui s’autoproclame « experte en humanité », et qui parfois laisse parler des experts dont on ne sait d’o๠vient leur autorité (juste pour confidence, je pense à  Monseigneur Anatrella !).

C’est pourtant bien la question que les scribes et les pharisiens adressent à  propos de Jésus, en remettant en cause le signe qu’il vient de poser. Cette interrogation, pointe de ce récit de Jean, nous place tous (nous aussi donc, autant que Monseigneur ou les jeunes pèlerins !) dans l’insécurité de discerner si nous sommes encore avec les tenants d’un pouvoir religieux et politique caduque ou avec l’aveugle-né qui confesse sa confiance dans le Seigneur !

Les étudiants, à  Chartres, auraient dà» pouvoir entendre une exhortation plus pertinente… Mais ce n’était que l’archevêque de Paris qui leur parlait : on comprend peut-être pourquoi il n’est pas cardinal !

Pour une fois, nous sommes d’accord avec Benoît XVI !

CHIAPAS : Le démantèlement officiel du travail de Mgr Samuel Ruiz

Il n’aura pas fallu plus de cinq années pour démanteler le travail pastoral de Mgr Samuel Ruiz à  San Cristobal de las Casas au Chiapas (Mexique) : pour le Vatican, la très dangereuse « idéologie » liée à  la création d’une Eglise autochtone inspirée par la théologie indienne, restait encore trop profondément ancrée dans cette sous-région du Mexique.

Aussi, pour l’éradiquer complètement, décision a été prise de ne plus ordonner de diacres permanents, comme l’a écrit le préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, le cardinal (nigérian) Francis Arinze, dans une lettre adressée au successeur de Samuel Ruiz, Mgr Felipe Arizmendi, au lendemain d’une réunion de la commission interdicastérielle chargée de cette question sensible et qui s’est déroulée le 1er octobre 2005.

Publiée dans le bulletin « Notitiae » du dicastère du cardinal Arinze, la lettre de ce dernier est restée confidentielle jusqu’au moment o๠des sources proches du Vatican firent savoir à  quelques observateurs que la missive du cardinal africain étendait ses conclusions « à  d’autres régions d’Amérique Latine comme le Guatemala, la Bolivie, l’Equateur et le Pérou, pays o๠ont été notamment promues une « théologie indienne » et une « Eglise autochtone ». Aujourd’hui nous sommes en mesure de révéler l’existence de ce document (voir ci-joint).

Document
Rome, le 1/10/05

Le lettre du cardinal ARINZE à  l’évêque du Chiapas

« Lors de la dernière réunion œinter dicastére, le 1er octobre 2005, comme vous avez pu l’observer, nous avons examiné dans le détail la requête présentée par son Excellence concernant la situation actuelle du diocèse de San Cristobal de las Casas et ses répercussions sur la vie de l’Eglise universelle – Après délibération, il a été convenu ce qui suit :

On ne peut pas ignorer que, même après le départ, depuis cinq ans, de S.E. Samuel Ruiz de San Cristobal de Las Casas, demeure toujours présente dans le diocèse l’idéologie qui promeut l’implantation du projet d’une Eglise autochtone. Dans ce sens, la réunion œinterdicastérielle s’est prononcée pour la suspension d’éventuelles ordinations de diacres permanents jusqu’à  la résolution du problème idéologique de fond qui persiste dans ce diocèse.

Sur le même mode, il est demandé que soit renforcée la pastorale des vocations, en vue du célibat sacerdotal, comme dans le reste de l’Eglise au Mexique et dans les autres pays d’Amérique Latine ;

il est demandé aussi, que soit interrompue la formation d’autres candidats au diaconat permanent. Il constitue (le diaconat, ndlr) en effet une injustice contre ces fidèles chrétiens en alimentant chez eux une espérance sans perspective réelle ;

d’autre part, le diaconat permanent présuppose une vocation personnelle, non une désignation communautaire, même si elle est un appel officiel de l’Eglise ; il requiert une formation intellectuelle solide orientée par le Siège apostolique. Pour contribuer à  assainir la vie ecclésiale, il est demandé d’ouvrir dès maintenant le diocèse aux autres réalités propres à  l’universalité de l’Eglise catholique, pour l’aider à  sortir de l’isolement idéologique mentionné.

Enfin, il convient de souligner que tout ce qui alimente chez les fidèles des attentes contraires au Magistère et à  la Tradition, comme dans le cas d’un diaconat permanent orienté vers le sacerdoce marié, mettra le Saint Siège dans la situation de devoir repousser les différentes demandes et pressions à  ce sujet, et dans ce cas de les considérer comme intolérables. »

N.B. : Nous avons pris connaissance de cette lettre le 9 mars 2006. Elle était consignée dans le dernier bulletin « Notitiae » du dicastère du Culte Divin.

L’existence des diacres indigènes avait été apprise officiellement en l’an 2000 à  la faveur d’une information fallacieuse selon laquelle Mgr Ruiz avait ordonné 400 diacres, en majorité mariés et que leurs propres femmes avaient été aussi ordonnées.

Si en octobre 2000, la Congrégation pour le Culte Divin avait reconnu le faux de cette nouvelle, le Vatican n’en avait pas moins invité le nouvel évêque, Mgr Felipe Arizmendi, à  orienter différemment son diocèse et surtout à  démanteler le travail de son prédécesseur, en particulier tout ce qui touchait à  l’ordination des diacres permanents.

Après de longues tergiversations sur ce problème, le 1er février 2002, Mgr Arizmendi reçut une nouvelle lettre, signée par le préfet de la Congrégation du Culte divin, à  l’époque le cardinal (chilien) Medina ; document dans lequel le prélat ordonnait la suspension des ordinations des diacres permanents pour une période d’au moins cinq années, affirmant au passage sa surprise sur le fait que l’évêque avait procédé à  d’autres ordinations, « nonobstant de claires indications » contraires : « si vous continuez à  augmenter le nombre de diacres permanents – lit-on dans cette missive – le danger est que vous persistiez à  inscrire dans la réalité ecclésiale l’initiative soutenue par Mgr Samuel Ruiz, empêchant de ce fait la normalisation de la vie des communautés chrétiennes dans le diocèse ».

Normalisation que, entre temps, le Vatican avait poursuivie à  travers le transfert dans le diocèse de Salticco de Mgr Raul Vera Lopez, jugé trop proche de son évêque Mgr Samuel Ruiz, alors même qu’il avait été nommé coadjuteur avec droit de succession en raison des garanties doctrinales et hiérarchiques qu’il donnait avant son élévation à  l’épiscopat.

Or, devant les dramatiques conditions d’existence des Indiens du Chiapas, il s’était montré rapidement en pleine harmonie avec Mgr Samuel Ruiz.

Cependant le diocèse de San Cristobal est apparu au Vatican difficile à  mettre au pas : après une période de crise liée aux consignes romaines, le nouvel évêque, jusque là , très modéré, a commencé à  comprendre « l importance de tout le travail accompli par son prédécesseur et ses équipes, et surtout la nécessité d’apporter son soutien intégral au processus d’une théologie indienne à  la formation de catéchistes et à  l’ordination de diacres indigènes ».

Tout en gardant le contact et poursuivant le dialogue avec les services du Vatican, durant les trois années qui ont suivi la lettre d’avertissement du cardinal Medina. En 2005, après la mort de Jean-Paul II, Mgr Arizmendi n’avait-il pas demandé à  Rome de pouvoir reprendre l’ordination de diacres permanents ? En vain et dans une entière solitude à  l’heure actuelle.

En effet, l’évêque du Chiapas a été lâché par ses supérieurs et néanmoins confrères. Ainsi le cardinal Juan SandovaciÅ„iguez, archevêque de Guadalajana, vient d’apporter son appui au Vatican suite à  la décision du dicastère de suspendre définitivement l’ordination de diacres permanents dans le diocèse de San Cristobal de las Casas pour endiguer l’émergence d’une « Eglise indigène » au Chiapas (et ailleurs).

Et le prélat mexicain qui a participé aux différentes réunions romaines qui ont statué sur la question, d’indiquer : « que le sujet a été analysé durant de longs mois lors de plusieurs réunions à  Rome ». Avec le constat suivant à  l’appui : « Aujourd’hui il y a 340 diacres permanents pour seulement 80 prêtres, il est donc temps de porter notre effort sur la formation de véritables vocations sacerdotales ».

L’archevêque de Guadacaja déclare dans le même temps apprécier tout spécialement la lettre adressée par le cardinal Arinze à  l’évêque de San Cristobal, afin d’empêcher désormais tout développement d’une « Eglise indigène » directement inspirée par la Théologie de la Libération.

« Dans le monde, il n’y a qu’une seule et unique Eglise du Christ, elle est catholique et en aucun cas elle ne peut intégrer des distinctions de cultures, de races, de peuples et de nations. Revendiquer sa propre culture ne pourrait qu’aboutir à  une Eglise séparée » conclut le cardinal mexicain.

Dans le diocèse du Chiapas, les réactions ne se sont pas fait attendre. Lors d’une conférence de presse émouvante et digne, Mgr Arizmendi a déclaré que « les communautés indigènes assumeront avec douleur et tristesse la suspension de l’ordination des diacres permanents. Ils se sentent déjà  marginalisés parce qu’ils sont indiens. Ils le seront d’autant plus dorénavant devant la position du Vatican qui voit une ambiguïté dans le concept d’ « Eglise autochtone ».

Et l’évêque de San Cristobal d’annoncer que le (très influent, NDLR) « Conseil des Diacres » du diocèse a décidé une manifestation pour le 24 mars.

« Ce ne sera pas une marche de protestation mais un pèlerinage pour demander à  Dieu de nous aider à  discerner en quoi nous avons failli et dans quels domaines nous avons à  nous corriger » a conclu, sans ambages, le très remarquable pasteur du Chiapas.

5° dimanche de Carême jean 12.21-33

Tout le mois d’avril est consacré, dans la liturgie de la Parole , au drame de la mort du Christ et à  la foi des disciples en son relèvement de la mort.

Jésus, pendant toute sa vie publique s’est affronté aux foules.

Les foules curieuses. « Nous voudrions voir Jésus! »

Jésus ne leur demande pas pourquoi ils viennent le voir ou veulent le voir.

Mais il leur signifie son angoisse. Dès le début, il en avait été ainsi. d’aprés le début de l’évangile de Marc.

Souvenons-nous. Jésus est à  la synagogue. Il calme un énergumène. Puis il s’en va chez Simon, il guérit la mère de sa femme.

Mais déjà  les gens sont à  la porte. Ils viennent « voir ». Jesus leur parle et les calme.Puis tout te monde va se coucher.

Jésus, quant à  lui, ne dort pas. Il s’en va dans un lieu isolé et c’est là  que les premiers disciples le retouvent au matin.

Jésus est toujours en tension entre le brouhaha des foules et le silence de sa prière.

Comment faire d’une foule un ‘peuple’. Comment faire de la foule un peuple sinon en l’affrontant au risque qu’elle l’écharpe et le mette en croix avant que, dans le silence de la nuit pascale, il ne sorte de la mort.

Le grand tournoi de football… de la Tradition

Le sacristain vous signale le grand tournoi de football… de la Tradition, 17ème du genre. Il se déroulera le 30 avril prochain à  Paris. Quelques informations sur cette compétition hors norme qui se déroulera « sur le principe de la Coupe du Monde de football ». Rien que ça ! Ils n’ont pas froid aux yeux les cathos tradis.

Les finales des années précédentes ont donné lieu à  d’inoubliables rencontres :

¢ 1990 : Association Sportive Saint Nicolas / Cercle Saint Louis : 3-2
¢ 1991 : Ecole de Montréal de l’Aude / Prieuré de Bordeaux : 2-1
¢ 1992 : Ecole de Montréal de l’Aude / Prieuré de Lyon : 2-1
¢ 1993 : Prieuré de Bordeaux / Ecole Saint Michel : 2-1
¢ 1994 : Ecole de Montréal de l’Aude / Les Mercenaires : 2-1
¢ 1995 : Ecole de Montréal de l’Aude / Les Mercenaires : 6-5
¢ 1996 : Les Mercenaires / Ecole Etoile du Matin : 6-3
¢1997 : Les Tontons Flingueurs / Les Mercenaires : 5-2
¢ 1998 : Ecole Etoile du Matin / Ecole Saint Bernard : 7-2
¢ 1999 : Prieuré de Bordeaux / Les Tontons Flingueurs : 2-1
¢ 2000 : Les Tontons Flingueurs / Chez Mouss’ : 6-1
¢ 2001 : Prieuré de Bordeaux / Les Tontons Flingueurs : 1-1 (Bordeaux vainqueur 5 tab à  4)
¢ 2002 : Prieuré de Marseille / Les Tontons Flingueurs : 2-2 (Marseille vainqueur 4 tab à  3)
¢ 2003 : Les Tontons Flingueurs / Prieuré de Marseille : 3-1
¢ 2004 : Prieuré de Marseille / Ecole de Montréal de l’Aude : 4-1
¢ 2005 : Les Barbouzes / Saint Jean : 4-1

au programme
Dimanche 30 Avril 2006

07 H 45 Messe du Tournoi à  Saint Nicolas du Chardonnet
09 H 00 Départ de Saint Nicolas
09 H 00 Arrivée au Stade « Pershing » – Route de Mortemart – 75012 Paris – (Métro 1 Château de Vincennes – Bus n° 112, arrêt Mortemart)
10 H 00 Début du Tournoi (Déjeuner et Boissons offerts aux joueurs)
17 H 00 Finale du Tournoi de la Tradition
19 H 00 Remise des trophées par Mr l’abbé Beauvais en l’Eglise Saint Nicolas du Chardonnet

L’enseignement de Benoît XVI

Le véritable tournant du Concile n’a rien d’une simple modification extérieure de coutumes ou de rites. C’est un nouvel esprit qui émerge. L’Eglise est passée de l’anathème au dialogue. Ce tournant décisif exprime un changement radical d’attitude et de posture, un autre rapport aux autres et à  la vérité.

Ce changement est refusé avec horreur par les intégristes de tout poil. Plus subtilement, les courants intégristes plus modérés prétendent qu’il n’est induit en rien par la lecture des textes mêmes de Vatican II.

Ce révisionnisme entend neutraliser le dernier Concile au travers d’une adhésion revue au travers d’un prisme de la continuité. A bien des égards, l’actuel Pontificat s’inscrit en ce sens.

Dans un très récent discours (lors de l’audience publique du 15 mars 2006), Benoît XVI offre une autre illustration de ce processus.

Assez adroitement, sans renier en tout une approche davantage bienveillante du judaïsme, comme héritage de la première alliance, faveur accordée à  jamais et non point reniée (les dons de Dieu sont sans repentance), le Pontife romain déplace pourtant le pôle de gravité : l’insistance sur le dialogue fraternel fait place à  la reprise du thème de la conversion. Derrière ce déplacement, une vision différente, plus dogmatique, d’une vérité possédée refait subtilement surface.

Sans doute, il ne faudrait en rien déformer l’intention du Pape. Joseph Ratzinger ne renoue en rien avec un quelconque antijudaïsme. Sa position est subtile : elle se situe en quelque sorte en un lieu intermédiaire entre l’intransigeantisme suranné, caricatural (style fraternité Saint Pie X) et une vision plus conciliaire (au sens de l’esprit de Vatican II).

Il n’en demeure pas moins vrai qu’un nouveau pas a été fait dans un sens que l’on peut regretter : après le passage de l’anathème au dialogue, un passage du dialogue comme priorité et quête d’une vision différente, à  un dialogue comme simple stratégie au service d’une fin retrouvée : celle que préconisait et que préconise toujours l’intransigeantisme, soft ou hard. Non pas grandir ensemble vers plus de vérité, de vie et d’amour mais ramener les autres, fut-ce habilement et avec affabilité, à  son point de vue à  soi.

Ce revirement constaté et continu éloigne, nous semble-t-il, ceux qui le suivront à  la fois de l’esprit du Concile et, plus encore, de la modernité. Il refroidit ce qu’il fut si difficile à  réchauffer. Il laisse craindre pour l’Eglise après le printemps conciliaire à  peine ébauché des coups de gels dangereux pour les nouvelles pousses.

« Le Christ et l’Eglise selon l’expérience des Apôtres et leur mission » tel est le thème choisi par Benoît XVI pour se catéchèses du mercredi. On songe à  cette réponse de Jeanne d’Arc au cours de son procès : « Le Christ et l’Eglise c’est tout un« .

Benoît XVI a en fait défendu la véritable essence de l’Eglise par rapport à  deux « dérives » (« Fraintendimenti). La première a trait à  l’individualisme de la théologie libérale que l’on trouve par exemple chez le protestant Adolf Von Harnack, son plus célèbre représentant, qui a influencé une large partie de la culture catholique.

La seconde dérive est celle que le pape a résumé dans le raccourci suivant et qui a cours depuis de nombreuses années : « Jésus oui, l’Eglise non« .

Cependant les passages les plus forts de sa catéchèse sont ceux o๠le pape a expliqué le rapport entre l’invitation des Apôtres – douze comme les douze tribus d’Israà«l – et le peuple d’Israà«l.

Et le pape de rappeler que l’intention de Jésus était de « refonder le peuple saint« . Ainsi « de par leur existence même, les Douze appelés de provenances diverses – deviennent un appel adressé à  tout Israà«l afin qu’il se convertisse et se laisse rassembler dans l’alliance nouvelle, plein et parfait accomplissement de l’ancienne alliance« .

Cet appel du pape à  la conversion des juifs fera certainement débat. Mais il est parfaitement cohérent avec la ligne exprimée par Benoît XVI lors de sa rencontre avec les représentants du judaïsme à  la synagogue de Cologne le 19 aoà»t dernier.

Juifs et chrétiens – déclarait Benoît XVI à  cette occasion – restent attchés à  l’unique et éternelle alliance établie par Dieu. A commencer par la distinction capitale : croire ou non en Jésus Messie et Fils de Dieu.

Ce dialogue, s’il veut être sincère, ne doit pas passer sous silence les différences existantes ou les minimiser : précisément dans ce qui nous distingue les uns des autres à  cause de notre intime conviction de foi, et ce en raison même de cela, nous devons nous respecter mutuellement.

Ruini ou l’intransigeance habile

Conforté par sa reconduction jusqu’à  décision contraire comme Président de la Conférence Episcopale italienne, le Cardinal Camillo Ruini semble avoir retrouvé à  la fois toute sa détermination et toute son habileté. Il sait que les prochaines semaines seront décisives, et difficiles. A brève échéance, il devra ajuster différemment le tir en fonction du futur vainqueur des élections italiennes: Romano Prodi ou Silvio Berlusconi, en fonction également de l’écart qui les séparera.

D’ores et déjà , il s’agit pour le très astucieux Don Camillo de rendre imprenables les citadelles de l’intransigeantisme sans pour autant trop heurter de front des adversaires qui pourraient l’emporter.

Ainsi, si le Cardinal Ruini se montre ferme et refuse l’idée même de la reconnaissance d’un mariage gay, et même d’un Pacs, il semble envisager une solution alternative de repli admettant une sorte de « donation réciproque » qui ne serait pas considérée comme une reconnaissance morale ou légale mais accorderait des avantages substantiels et pallierait aux carences actuelles. Il y a quelques années, l’idée avait déjà  été lancée par la « Civiltà  Cattolica« , organe officieux de la Secrétairerie d’Etat.

En revanche, Don Camillo se montre finalement très hostile au projet d’introduire des heures d’enseignement de la religion musulmane, revendiqué par un autre cardinal, Renato Martino, Président du Conseil Pontifical « Justice et Paix », au nom de la liberté religieuse.

Pour le Président de la Conférence Episcopale, la bataille revêt une importance capitale :défendre l’idée d’une idée associée culturellement et politiquement au catholicisme romain. Le mirage d’une ‘pluri culture religieuse’ (incluant l’islam) est conçu comme dangereux et susceptible de fragiliser le ciment de la société de la péninsule. D’une part, en raison des risques, réels mais ici secondaires, de diffusion des thèses islamistes intégristes, d’autre part, et surtout, pour endiguer tout vague relativiste.

L’évêque de Rome, pour bavarois qu’il soit, est hanté par le même souci :l’Italie restera catholique. Qu’on se le dise !

L’enseignement du Coran à  l’école italienne est une menace d’endoctrinement social, a estimé le cardinal Camillo Ruini, président de la Conférence épiscopale italienne (CEI) et vicaire de Rome, lors de l’ouverture du Conseil permanent de la CEI à  Rome, le 20 mars 2006 dernier.

Pour le cardinal Ruini, un tel enseignement de la religion musulmane pourrait être possible dans les écoles. Mais, tempère-t-il aussitôt, seulement s’il ne constituait pas un risque œd’endoctrinement socialœ.

Dans la perspective des élections législatives du 9 et 10 avril prochains dans la péninsule, le cardinal Ruini est revenu sur la controverse déclenchée par le cardinal Raffaele Renato Martino, président du Conseil pontifical Justice et Paix, qui a estimé le 7 mars que l’enseignement du Coran dans les écoles italiennes serait œsource de respectœ envers l’Islam et un moyen de défendre l’enseignement du catéchisme.

œAttendre la réciprocité pour les minorités chrétiennes dans les pays musulmans veut dire se mettre sur le même plan que ces paysœ avait déclaré le cardinal Martino.

Le cardinal Ruini, estimant que son collègue s’était exprimé œà  titre personnelœ, a relevé que œles compétences de l’Eglise catholique concernent les relations avec l’Etat italien sur la question de l’enseignement du catéchisme et non par rapport aux autres religionsœ. Cependant, le vicaire de Benoît XVI pour le diocèse de Rome a apporté des œprécisions nécessairesœ.

œLe droit à  la liberté religieuse est valable pour tous et, dans cette optique, le principe de l’enseignement de l’Islam à  l’école n’apparaît pas impossibleœ, a précisé le cardinal. Pourtant, il y a œdes conditions fondamentalesœ à  ce droit, œvalables pour tous les enseignements dans les écoles italiennesœ. Il ne doit pas y avoir œd’opposition entre leur contenu et la Constitution, par exemple en ce qui concerne les droits civils, à  commencer par la liberté religieuse, mais aussi la parité entre hommes et femmes et le mariageœ.

Concrètement, a poursuivi le cardinal Ruini, œil manque pour le moment un organe représentatif de l’Islam qui soit habilité à  fixer avec l’Etat italien un accord sur cette questionœ. Il faudrait aussi œassurer que l’enseignement de la religion islamique ne donne pas lieu, de fait, à  un dangereux endoctrinement socialœ.

Enfin, le président de la Conférence épiscopale italienne a rappelé que l’enseignement de la religion catholique à  l’école, selon l’article 9 du Concordat révisé de 1984, avait aussi pour fondement le fait que œles principes du catholicisme font partie du patrimoine historique du peuple italienœ. Le cardinal a défendu ainsi l’heure hebdomadaire de catéchisme, qui ne doit pas être remplacée par un enseignement de l’histoire des religions sous le prétexte œd’un plus grand pluralisme en présence de religions issues de l’immigrationœ.

Le cardinal s’est aussi défendu de voir le catholicisme œdécliner en Italieœ, o๠91 % des élèves fréquentent œlibrementœ le catéchisme à  l’école.

Par ailleurs, au fil de son long discours, le cardinal est revenu sur le refus par l’Eglise italienne des projets de PACS prévus par la coalition de gauche. œDes signes inquiétants sont venus de différents conseils régionaux, o๠ont été présentées et parfois approuvées des propositions au sujet des unions de faitœ, ce qui pourrait avoir des conséquences directes sur la législation nationale.

Il s’est aussi arrêté sur la question de l’immigration et du chômage. Le nombre de demandes de régularisation dépassant les quotas annuels, c’est une remise en cause d’un œaccueil solidaire et d’une réelle intégration tout en posant des questions sur les conditions effectives du marché du travailœ.

Le cardinal Ruini assume la présidence de la CEI depuis 15 ans. Souffrant de problèmes cardiaques, le cardinal, qui a fêté ses 75 ans, âge de la retraite administrative selon le droit canon, le 19 février, a demandé d’être relevé de ses fonctions. Aussi, Benoît XVI avait-il décidé, fin janvier 2006, de lancer une consultation des évêques italiens sur le choix d’un successeur.

A l’approche des élections législatives, Benoît XVI a cependant voulu maintenir dans ses fonctions un cardinal très présent sur la scène politique de son pays. Il a ainsi manifesté son approbation pour les positions de son vicaire, pourtant contestées en Italie. En effet, personnage clef de la vie ecclésiale et politique de la péninsule, le cardinal Ruini est souvent critiqué pour son « ingérence » dans les affaires publiques.

Le cardinal Camillo Ruini devrait rester président de la CEI jusqu’au 4e Congrès ecclésial national de Vérone, qui aura lieu du 16 au 20 octobre 2006 et auquel Benoît XVI pourrait participer.