Les incohérences de l’abbé Gourrier

Une nouvelle star du clergé français émerge depuis quelques années : après le tristement médiatique Alain Maillard de la Morandais, après le très réac et homophobe Tony Anatrella, après le journaliste-psy-prêtre Daniel Duigou, homme aux multiples casquettes et au verbe novateur (un peu l’antithèse du Monsignore précité) voici que le jeune (quarante ans) abbé Patrice Gourrier, du diocèse de Poitiers occupe de plus en plus le devant de la scène.

Il y a quelques mois, le dit clerc était même invité par Thierry Ardisson. Il tint des propos souvent courageux que Golias n’aurait pas reniés. En effet, sur l’ordination d’hommes mariés et de femmes ou l’accueil des divorcés et des homosexuels, il se montra courageux. De plus, il osait critiquer Jean Paul II. En des termes mesurés, justes et à  notre avis en pleine résonance avec ce que notre magazine tente de faire. A priori, le personnage nous était sympathique.

Dans le dernier numéro de l’Express, l’ecclésiastique qu’il demeure montre pourtant le bout de son nez. En effet, il témoigne en faveur du célibat ecclésiastique, même s’il concède que « l’ordination d’hommes mariés enrichirait l’image du prêtre dans la société ».

La lecture du témoignage de l’abbé laisse planer un vrai malaise. On a l’impression qu’au départ il tente de défendre un célibat libre et fécond, alors que la suite de l’article en constitue un démenti pathétique. Je cite le début, qui m’a irrité : « un prêtre ne fait pas le voeu du célibat. Il l’accepte et assume cette existence solitaire. Si j’avais le choix, je ne changerais rien à  mon état, parce que je crois à  la symbolique du célibat, celle de l’engagement total, auprès des autres, croyants ou non« . Peut-être !

Je pose la question : Qui est ce « je » qui parle ?
Est-ce le même que celui qui continue.
N’est-ce pas l’homme-clerc qui continue à  vouloir jouer son rôle (Jésus, lui, ne jouait pas un rôle, il était)? D’autant plus, que l’abbé a trouvé bon d’arborer un col romain, peu visible il est vrai (celluloïd blanche sur tissu blanc, effet passe-muraille garanti).

Pourquoi jouer sur les deux tableaux? Faire un clin d’oeil rassurant à  l’institution avant d’oser se lâcher un peu?

En effet, la suite du témoignage est toute autre. Patrice (et non plus l’abbé) ose enfin se confier et dire sa vérité humaine.  » C’est très dur…Ce qui me pèse le plus c’est la somme de malheurs qu’on me confie au quotidien (…) Le soir, je n’ai personne à  qui parler de ce que j’ai entendu, aucune épaule sur laquelle poser ma tête. Il faut avoir une colonne vertébrale très solide pour supporter ça ! Au séminaire, on vous forme à  la théologie, mais on ne vous prépare pas à  affronter toutes ces souffrances. J’avoue que j’ai trouvé cela très difficile. Une année, je suis tombé très malade (…) J’ai trouvé une échappatoire en faisant des choses pour moi (…) Cette vie sociale me permet de briser ma solitude (…) Aujourd’hui, une question me taraude : est-ce que je ne vais pas me durcir avec le temps ? Et si le meilleur moyen de n’aimer personne, c’était d’aimer tout le monde ? « .

Je me permets de lancer une interpellation :

Et si Patrice allait jusqu’au bout de sa souffrance et de son désir ?

Et si l’homme sincère et attachant tombait définitivement le masque du curé qui prêche ou se défile un peu ?

Et si la vérité humaine tout simplement se donnait à  entendre sans vouloir, en même temps, prendre toutes les précautions d’usage et sacrifier un grain d’encens aux idoles cléricales ?

Et si une parole se livrait enfin sans être d’emblée neutralisée ou relativisée par les réserves ecclésiastiques ?
Et si Patrice franchissait son Rubicon ?

Et si le pas était fait ?

Alors peut-être serait-il moins seul?

Alors peut-être d’autres sentiraient qu’ils ne sont pas seuls et prendraient la parole.
Alors quelque chose passerait et se passerait.
Alors, de la vulnérabilité assumée jusqu’au bout, naîtrait une parole d’amour.

Et peut-être la vérité d’une rencontre, car il n’y a pas d’autre vérité.

Le baiser Lamourette

D’aucuns, à  Rome et dans nos évêchés, semblent vouloir nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Comme si accepter le tournant de Vatican II ou au contraire vouloir le reparcourir en sens inverse revenait au même. Comme si l’ouverture au monde et le repli pieusard dans les citadelles assiégées étaient équivalents.

Comme si reconnaître à  l’homme l’autonomie de tracer sa route en fils prodigue, donc aimé (et non malgré, comme l’a établi jadis Jean Le Du,) et prétendre lui dicter un itinéraire contraignant et castrateur ne constituaient pas finalement deux orientations décisives irréductibles.

L’irénisme béat des évêques français, qui sacrifieront l’audace évangélique du Concile, à  « l’utopie sombre » d’une réconciliation entre des visions de l’homme, de Dieu, du spirituel aux antipodes l’une de l’autre laisse présager le pire. Que votre oui soit oui…L’Eglise de France s’enlise dans un conformisme de pensée sans égale, propice au retour en force de toutes les dérives identitaires.

Les spiritualités infantilisantes et frelatées se propagent avec la bénédiction de Nos Seigneurs. Il n’y a pas de pires aveugles que ceux qui ne veulent pas voir. L’homme en paye les frais : à  commencer par ces jeunes qui gaspillent leurs meilleures années dans des communautés névrogènes et malsaines, démolis de l’intérieur par des processus psychologiques souvent pervers et anti-évangéliques : car Jésus fait de l’homme œun vivant et un marchant.

Minimisant la gravité des dommages directs et collatéraux,se bouchant les oreilles, les excellences gallicanes nous semblent les premiers responsables d’une dérive des continents de la grâce qui, répétons-le, sacrifie la vérité humaine à  des imaginaires de compensation et d’évasion, aux rêves triomphalistes, à  des fantasmes érotiques transposés d’adolescents à  peine pubères, à  un retour dans le sein de la Mère.

Depuis un certain temps, les processus de réconciliation entre le Vatican et les intégristes se précisent et se confirment. Sur le dos d’un juste libertinage des corps et des esprits, sur le dos de la liberté d’opinion.

L’abbé Christian Delorme songe-t-il à  la récupération à  laquelle il se prête en se rangeant du côté de l’intolérance au sujet des caricatures ? Un front nouveau des religions se dessine, pas national celui-là , mais non moins déterminé. Il s’agit de sauver les meubles des institutions décrédibilisées et de les refourguer adroitement, de ravaler des facades fissurées. Le Cardinal Philippe Barbarin semble avoir saisi la balle au vol. Son intervention au sujet des caricatures et l’érection probable d’un séminaire traditionaliste en terre lyonnaise constituent deux indices de poids. (voir à  ce sujet le prochain numéro de Golias – n°106 – à  paraître début mars).

La réconciliation suppose la vérité. Quel message libérateur pour l’homme concret, aujourd’hui, entendons-nous proposer, en toute liberté, au nom de l’Evangile, au nom de Jésus ? Tout doit se jouer autour de cette question. Sans quoi, la prétendue unité de l’Eglise de France sera, au mieux, une illusion, au pire, une imposture.

Nos évêques se plaisent au baiser Lamourette : embrassades éphémères entre factions hostiles pendant la révolution française qui n’empêcheront pas les têtes de tomber (du nom de celui qui les proposa, un ecclésiastique d’ailleurs, Lamourette). Les options irréductibles en présence ne peuvent s’épanouir sans se contester l’une l’autre. Entre un Evangile de l’homme libre et créateur, et la religion autoritaire de la pieuse créature soumise, y a-t-il un moyen terme? Au niveau humain, la cordialité franche doit régner, n’en doutons-pas.

Au niveau ecclésial, un faux sentiment d’unité retrouvée dans le conformisme peureux ne justifie pas de payer le prix d’un mensonge et d’un reniement : Celui de l’homme que la fraternelle provocation de Jésus n’a de cesse de réveiller.

Notre Père qui êtes odieux

Encore à  la rue pour la plupart, les Ivoiriens expulsés le 2 septembre du squat jugé insalubre et dangereux, au 26, rue de la Tombe-Issoire dans le 14e arrondissement de Paris, ne remercient pas l’à‰glise ! Victimes qu’ils sont d’opérations spéculatives orchestrées par l’archevêché de Paris.
En 1986, l’Association diocésaine de Paris, qui tient les cordons de la bourse de l’à‰glise, propriétaire de
350 000 m2 de bâtis dans la capitale, se lance dans la spéculation immobilière et, cédant au chant des sirènes de promoteurs, vend cet immeuble pour 80 millions de francs.

En trahissant le legs qui lui avait été confié, deux ans auparavant, ce magnifique terrain (2760 m2) se situe en plein coeur de Paris. Un legs obtenu à  la seule condition d’en faire un lieu d’accueil des pauvres et nécessiteux.

L’objectif des promoteurs est tout autre : bâtir sur le terrain 65 logements de standing et un parking. Malin, le directeur des affaires immobilières de l’association avait réussi à  empêcher — légalement — la Ville de Paris de préempter le terrain, c’est-à -dire de l’acheter à  un prix moins intéressant que celui proposé par un promoteur.
Cet expert avait négligé un détail qui, depuis, paralyse la stratégie immobilière de l’archevêché : le terrain du
26 de la rue Tombe-Issoire cache un « mille-feuille archéologique » : une carrière médiévale, les vestiges d’un aqueduc gallo-romain du IIIe siècle et la « Ferme Montsouris », dernière ferme parisienne datant du
XIXe siècle. Résultat : l’archevêché, allié à  des promoteurs successifs, se bagarre depuis plus de vingt ans avec une trentaine d’associations de défense et des élus qui ont obtenu le classement monuments historiques de la carrière (en 1994), de la ferme et de l’aqueduc (en 1998).

Conséquence : les permis de démolir et de construire sont systématiquement annulés et des squats s’installent au 26, avant d’être fermés par la police, puis réouverts.

Le premier promoteur, le Groupement foncier français (GFF), a donc déclaré forfait et s’est fait rembourser par l’archevêché les 80 millions de francs payés pour l’achat du terrain en 1986. Le classement de la carrière monuments historiques a permis à  ce promoteur d’être indemnisé par l’à‰tat à  hauteur de 90 millions de francs, par l’intermédiaire d’une loi de 1913 ouvrant « miraculeusement » le droit d’être indemnisé de son préjudice commercial !

Un second promoteur, la Soferim, a repris le flambeau en 2003. Sa société a payé plus de 13 millions d’euros à  l’Association diocésaine de la capitale pour racheter le fameux terrain du 26.

Avant de devenir un squat, l’immeuble a, durant soixante ans, servi à  loger des personnes de condition modeste et à  accueillir des scouts, à  l’initiative de l’abbé Keller. Dans les années 1930, ce curé de la paroisse Saint-Pierre-de-Montrouge a cassé sa tirelire et fait appel à  la générosité publique pour acheter l’immeuble et le terrain du 26 au nom de la « Société immobilière du Lion de Belfort ». Il y héberge, contre un modeste loyer, des familles pauvres et y réhabilite magnifiquement les bâtiments de la Ferme de Montsouris qui a approvisionné le quartier en lait jusqu’en 1920.

Le rapport de l’Assemblée Générale de 1969 de la « SI du Lion de Belfort » traduit les volontés de l’abbé :
« Ce sont des préoccupations d’ordre social et philanthropique qui expliquent que la société se soit abstenue de tirer des locaux le profit financier qui lui était offert avec insistance, et récemment encore, par un promoteur. »

Deux ans avant sa mort, un peu naïf, l’abbé Keller croit bien faire : il lègue les parts de la société gérant les lieux à  l’Association diocésaine de l’à‰glise. Et à  la demande du cardinal Lustiger, archevêque de Paris, il en confie deux parts et également la présidence à  son successeur à  la tête de la paroisse, le curé Gervaise. Ce dernier comparaîtra plus tard devant un tribunal ecclésiastique, en secret, dans le cadre d’une autre affaire financière.

Le 26 de la rue Tombe-Issoire n’a retrouvé sa fonction sociale qu’en 1996, quand la mairie de Paris, sur l’intervention personnelle de Jacques Chirac, devenu président de la République, le réquisitionne pour abriter des SDF, sous le contrôle d’Emmaà¼s, pendant quatre ans.

Interrogée par Le Gri-Gri*, la chargée de presse de l’Association diocésaine de Paris, Marie Beaudoin, refuse d’en dire plus : « Oh, vous savez c’est une vieille histoire qui ne nous concerne plus… » Et Le Gri-Gri, toujours très curieux, n’a pas obtenu l’autorisation de rencontrer le nouveau directeur immobilier de l’Association.

Mahamadou Coulybaly

* (Le Gri-Gri International n°40 du 6 octobre 2005)

Consistoire minimaliste pour Pontife prudent

Le Pape Benoît XVI vient enfin de créer quinze nouveaux cardinaux, dont seulement douze ont moins de 80 ans et seront donc électeurs. Les spécialistes en attendaient bien davantage. En fait, Joseph Ratzinger estime que créer un trop grand nombre de porporati reviendrait à  dévaluer la fonction, à  en faire une étape en quelque sorte obligée et incontournable d’un cursus honorum clérical.

Benoît XVI préfère donc s’en tenir au numerus clausus fixé jadis par Paul VI qui limite strictement à  120 le nombre des cardinaux électeurs. On sait que Jean Paul II au contraire n’hésitait pas, et de plus en plus au fil des ans, à  dépasser la limite. Le Pape il est vrai jouit d’un total pouvoir discrétionnaire en la matière. Les douze nouveaux cardinaux électeurs comptent deux italiens (seulement), deux américains des States (alors qu’une certaine irritation romaine au sujet du poids des cardinaux américains qui seront trreize laissait penser que le Pape n’en nommerait qu’un seul) et un français (mais pas celui aznnoncé à  savoir l’archevêque de Paris)

Des choix attendus

Comme cela était prévisible, Benoît XVI a élevé à  la dignité cardinalice des personnes attendant cette promotion ou de fait occupant un poste les y disposant. La plupart des choix de cette présente fournée sont donc assez peu significatifs.

Ainsi les préfets de Curie Levada et Rode étaient incontournables. De même l’archevêque de Manille, celui de Caracas, de Bologne ou de Séoul. Mgr Caffarra est connu pour son ulltra-conservatisme. Par contre, les prélats vénézuéliens et coréens passent, à  tort et à  raison (en ce domaine beaucoup de choses sont relatives) pour plutôt libéraux. De fait, la liste des élus ne laissent pas facilement deviner une volonté nette de vouloir placer des prélats de telle ou telle orientation.

Si Benoît XVI avait voulu choisir surtout des hommes de restauration, il aurait pu confectionner une autre liste. La marge de manoeuvre était sans doute un peu limitée. Le Pape a voulu récompenser des hommes qui figuraient déjà , dit-on, sur une liste d’attente confectionnée par le Pape Wojtyla comme l’ancien Nonce en Israà«l et en Italie, Mgr Andrea Coredero Lanza di Montezemolo ou l’archevêque de Hong Kong, le salésien Joseph Zen.

On notera en revanche l’un ou l’autre choix plus significatifs. Le Pape a tenu à  faire figurer dans sa liste le nouvel archevêque de Boston, le franciscain Sean O’Malley. Il entend ainsi donner un signe fort de confiance et d’estime à  l’égard d’une Eglise locale très puissante mais aussi très ébranlée par les affaires de pédophilie.

Notons toutefois que Mgr O’Malley fait l’objet depuis plusieurs mois de sévères critiques concernant la gestion de ce dossier. En créant cardinal l’ancien Secrétaire du Pape, Stanislas Dziwisz, Benoît XVI rend hommage, d’une certaine manière, au Pontificat précédent mais l’enterre aussi sous la pourpre. Aucun autre prélat polonais n’a été créé, contrairement aux rumeurs persistantes qui circulaient à  la Curie.

Le Pape a nommé cardinal l’archevêque de Tolède mais non celui de Barcelone, un libéral. Mgr Antonio Canizares LLovera est un théologien de formation, ami de Joseph Ratzinger, avec qui il collabora à  la Congrégation pour la foi. C’est doctrinalement un conservateur et pastoralement un homme adroit et nuancé.

Des absences significatives

Parmi les prélats dont on attendait la création cardinalice et qui ne figurent pas sur la liste, grande surprise, il faut citer en premier lieu Angelo Comastri et André Vingt-Trois. Le second est évoqué dans la « mitre d’honneur ». Le premier était d’autant plus attendu qu’il incarne un avenir intéressant pour beaucoup. En outre, Karol Wojtyla voulait déjà  le nommerr en 2003 et y renonça en dernière minute. Cette absence est assez difficilemlent compréhensible. Elle atteste la volonté de Joseph Ratzinger de ne pas forcément suivre la vague des succès au sein de la Curie. Encore jeune pour une telle promotion (63 ans), Mgr Comastri devra donc passer au moins un tour.

Le Pape a également créé cardinal un théologien jésuite, Albert Vanhoye, 83 ans, un de ses amis, longtemps cheville ouvrière de la Commission Biblique, un homme à  la fois très classique de doctrine et ouvert. Ne figurent pas dans la liste des historiens ulltra-conservateurs (comme Pierre Blet ou Walter Brandmuller) contrairement à  ce qui était redouté il y a encore quelques jours. Un signe incontestable de modération.

A suivre

La liste très resserrée des cardinaux permet de formuler de nouvelles hypothèses sur les prochaines nominations importantes. L’absence de Mgr Diarmuid Martin ou de Mgr Leonardo Sandri, prétendants au poste de Secrétairerie d’Etat pourrait constituer un démenti à  leurs espérances. Par contre, la présence de Mgr Carlo Caffarra renforce la possibilité de son choix comme futur Président de la Conférence des évêques italiens. Enfin, la présence, en troisième position, de l’archevêque de Curie Agostino Vallini, nous donne un indice intéressant en faveur de son transfert rapide au siège de Naples.

Mgr Vingt-Trois passe à  la trappe

Tous les spécialistes s’accordaient à  considérer comme certaine la promotion de l’archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois. Né en 1942, il avait été choisi par son prédécesseur Lustiger contre l’avis de Rome (en particulier du Cardinal Re, préfet de la Congrégation des Evêques) et du Nonce en France (Fortunato Baldelli).

Cette très lustigérienne volonté de main-mise sur l’Eglise de France irrite nombre d’évêques français et indispose jusque dans les Palais Apostoliques. Qui plus est, le dit Vingt-Trois est considéré comme une simple copie conforme de Lustiger, en plus pâle : un personnage falot et vaniteux.

Le Pape a donc choisi de nommer cardinal le Président de la Conférence Episcopale. Manière aussi de renforcer la collégialité contre les ambitions dirigistes d’un petit noyau d’évêques mis en scelle par Jean-Marie Lustiger. Cette non-nomination de Mgr Vingt-Trois confirme aussi une rumeur croissante : l’actuel et peut-être éphémère archevêque de Paris quitterait l’hexagone pour un poste subalterne à  la Curie. Façon de reconnaître une erreur de casting.

Le cardinal Ricard deviendrait alors archevêque de Paris. Ce qu’un grand nombre à  Rome souhaitait déjà  il y a un an.

Remue ménage dans l’entourage du pape

Le Père Mario Agnès, l’actuel directeur de l’Osservatore Romano, l’organe de presse officiel du Vatican, serait sur le départ. Il serait remplacé par Angelo Sceczo, sous secrétaire du conseil pontifical pour les communications sociales, prélat particulièrement connu pour sa dévotion à  la Vierge Marie…

Du côté de la salle de presse, les choses bougent aussi : Navaro-Valls serait remplacé par l’actuel vice-directeur de cet organisme : Ciro Benedettini bien connu pour être un « homme du système ».

Cependant d’autres sources vaticanes indiquent des candidats différents à  ces deux postes « sensibles » de la communication du pape.

Andrea Riccardi, le leader (et gourou) de la communauté Sant’Egidio (cf Golias n°104 par exemple) aurait été approché depuis quelques semaines pour prendre la succession de Mario Agnès à  l’Osservatore Romano, et cen sous les recommandations du cardinal Ruini homme d’influence s’il en est sous ce pontificat.

A la salle de presse du Vatican, l’avenir de Navarro-Valls semble compromis. Il serait remplacé non par le candidat favori (l’actuel vice directeur Ciro Benedettini) mais par le jésuite Gianpaolo Salvini, le direcetur du mesuel « Civitta Cattolica » (voir nos informations plus haut).

A suivre donc…

Le départ de Mgr Fitzgerald marque le changement de stratégie pontificale

La sortie de Mgr Fitzgerald (68 ans) du conseil pontifical pour le Dialogue Interreligieux et sa nomination à  la nonciature du Caire pourrait l’amener à  succèder au cardinal-archevêque de Westminster, Mgr Cormac Murphy O’Connor (73 ans) lorsque celui-ci fera valoir ses droits à  a retraite dans deux ans.

En attendant, cet homme de terrain, véritable pasteur qui détestait l’ambiance romaine? sera amené à  oeuvrer pour le Saint Siège en terre d’islam.

Mgr Fitzgerald est d’ailleurs la personnalité au sein de l’Eglise catholique qui connaît le mieux la question de l’islam. Son approche « soft » de la religion de Mohamed ne convenait plus depuis quelque temps à  Benoît XVI et à  son entourage immédiat. Notamment au cardinal Ruini, vicaire de Rome, homme influent de l’actuel pontificat, partisan d’une ligne plus « dure », genre « choc des civilisations » à  l’italienne : entretenir de bonnes relations avec les musulmans mais les situer dans un cadre plus critique et surtout porteur d’une exigence de réciprocité, sans concession, considérant que les immigrés issus des pays musulmans bénéficient d’une liberté religieuse en Occident qui n’est pas de mise pour les communautés chrétiennes en Orient. Ce qui n’est pas faux.

Enfin, le rapport de force, voire la rivalité, dans les pays dits de « mission » entre l’islam et le christianisme (en Afrique et en Asie tout particulièrement) nécessite aux yeux d’autres personnalités de l’entourage de Benoît XVI une réaction plus « musclée » de la part de l’Eglise catholique.

L’Eglise doit aussi faire face sur son autre aile au développement fulgurant des églises évangéliques.

C’est cette perception qu’avait déjà  Joseph Ratzinger lorsqu’il était président de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Devenu pape,il n’a pas changé d’avis.
Le départ de Mgr Fitzgerald ne signifie pas pour autant que ce grand serviteur de l’Eglise sera réduit à  un rôle de figuration en Egypte o๠se trouve la célèbre université Al-Azhar du Caire, « le Vatican de l’Islam » en terme de référence théologique. Nul doute que le prélat britannique en sera l’interlocuteur privilégié pour Benoît XVI.

N’empêche, son départ de la Curie signifie un changement dans la stratégie pontificale.

Pour Benoît XVI, le dialogue interreligieux ne peut pas être conduit sur les bases du dialogue oecuméniques, sous peine de tomber dans ce que le nouveau pontife exècre le plus : à  savoir le relativisme.

Aussi, d’après nos informations, il n’est pas interdit de prévoir que dans les prochaines semaines la restructuration de la Curie (en cours actuellement) transfère le Conseil pontifical pour le Dialogue Interreligieux sous la coupe du Conseil pontifical pour la Culture (cardinal Poupard)… Un sacré amouflet en perspective pour les grandes religions qui se verraient ainsi reléguer au statut de courants culturels ou philosophiques. Une sorte de relativisme à  l’envers…

Une autre source d’information parle du transfert du Conseil pontifical pour le Dialogue Interreligieux à  la Propagation de la Foi (cardinal Sepe qu’on annonce sur le départ), ce qui serait l’humiliation suprême et mettrait définitivement au magasin des accessoires « l’esprit d’Assise » dont Benoît XVI s’est toujours méfié.

A suivre donc…

26 février 2006 – Temps ordinaire – 8e dimanche

Juste avant le début du Carême, Jésus redonne le sens du jeà»ne. Il ne s’agit pas simplement pour le chrétien d’un exercice d’ascétisme bon pour sa santé physique et spirituelle ni même de seulement lui rappeler le devoir de partage, toutes choses importantes.

Le sens du jeà»ne est beaucoup plus fort : c’est garder la mémoire de l’Epoux et la nouveauté radicale qu’il est venu apporter dans nos vies.

Nous sommes un peu comme des amoureux en attente de l’être aimé. Il nous a séduit et son absence nous pèse. Mais il est là  autrement et Paul nous dit que la communauté en est comme la trace. C’est dans nos coeurs de chair que la Bonne Nouvelle a été écrite et le jeà»ne nous le rappelle.

Abandonnons donc les vieux vêtements de la loi mortifère pour vivre dans l’Esprit et avant de jeà»ner pour nous en souvenir, vivons la fête : en ce temps de carnaval, n’est-ce pas le bouleversement de la fraternité que nous allons vivre, non sans goà»ter le vin nouveau que Jésus lui-même nous a donné !

Bon carnaval donc ! Nous jeà»nerons mercredi !

Lettre ouverte à  Christian Delorme

Cher Christian,

Dans un article mis en ligne sur le site Internet du diocèse de Lyon à  propos des caricatures de Mahomet, tu écris que « le respect des autres aussi est une valeur essentielle.

Et quand on s’aperçoit que l’exercice de la liberté d’expression (ici : de caricaturer avec une réelle méchanceté ou un réel mépris de la religion musulmane) est ressenti comme contraire au respect des autres et qu’il menace, de surcroît, la paix sociale et internationale, eh bien l’on devrait être capable de privilégier le respect des autres et la paix à  une liberté d’expression érigée en sacro-saint absolu ! » Tu insistes même dans une dernière phrase : « On ne sait pas qui aura ri à  cause de ces caricatures, mais on peut craindre tous ceux qui en ont pleuré et vont en pleurer. Quand « Charlie Hebdo » publie, à  son tour, les caricatures, il prend le risque d’être en partie responsable, demain, du meurtre de Français dans un pays musulman… » !

J’aimerai te répondre deux choses :

la première est aussi fondamentale qu’évidente : les caricaturistes ne se moquent que des caricatures de la religion musulmane ! Qui peut croire, à  part ceux qui y ont un intérêt politique, comme tu l’évoques, que ces dessins visent les musulmans dans leur ensemble ? Les islamistes, certes, mais je ne savais pas qu’ils avaient des cathos pour soutenir leur combat contre la démocratie ! As-tu lu le Charlie Hebdo que tu accuses presque d’homicide ? Tu aurais sans doute compris pourquoi il publiait ces dessins et quelques autres… dont plusieurs caricatures de rabbins et d’évêques qui risquent eux aussi comme certains imams de vouloir ruiner la démocratie au nom d’un sacré qui vient sans doute des archétypes les plus profonds de notre inconscient et de leur désir de toute-puissance. Mais, nous chrétiens, nous avons une autre source d’inspiration : celle de l’Evangile qui nous montre un Jésus bafoué dont la caricature comme roi devient signe de sa puissance : la croix est un blasphème inacceptable pour tous ceux qui oublient que la sagesse de Dieu est folie pour les hommes ! Et je remercie tous les descendants de Voltaire de nous rappeler, œakairos eukairos pour parler comme Paul, la Bonne Nouvelle de la libération de la loi divine !

La seconde est une question : Qui sont donc les « incendiaires » dont tu parles : Charlie Hebdo et les caricaturistes ? Bush et les croisés du « choc des civilisations » ? On ne sait d’ailleurs pas si tu te rallies à  la thèse de Samuel Huntington ! Tu as sans doute connu Hubert de Mauroy, prêtre du diocèse de Lyon aujourd’hui décédé mais qui nous mettait en garde dès les années 80 face au risque d’un front sacré des religions contre la modernité ! Le voici sans doute le vrai combat : non entre une chrétienté qui n’existe plus, Dieu merci, et un Islam violent, lui-même secoué par le désir de liberté ; mais entre des religieux qui trouvent tous les prétextes pour redire leur soif de pouvoir en s’affichant comme victimes et des démocrates qui ont lutté pour que l’on puisse se moquer de l’image de Dieu présentée par ceux qui se prétendent comme ses serviteurs. Les caricatures ne nous rappellent-elles pas l’avertissement du Christ aux scribes : « vous annulez la parole de Dieu par vos traditions humaines » !

Tu donnes toi-même des exemples d’un autre Islam. Comment pouvons nous l’aider à  grandir ? Comment soutenir tous les musulmans qui voudraient parler et qui ne le peuvent pas ou sont emprisonnés et mis à  mort – pourquoi donc ne parler que d’éventuels morts français ? – à  cause de dictatures qui se couvrent du manteau de la religion pour mieux cacher leurs exactions ? N’oublions pas que c’est l’Arabie Saoudite qui a déclenché une telle polémique ! Ce n’est certainement pas en faisant cause commune avec les autres religions surtout dans ce qu’elle ont de plus rebutant, que nous ferons grandir la démocratie et je remarque que l’épiscopat français s’est heureusement montré très silencieux, à  part le cardinal Barbarin… Mais c’était sans doute trop tentant pour notre « Sarkozy de l’épiscopat » !

L’abbé Pépino, camelot du Roi

Des messes ont encore été célébrées cette année en l’honneur du roi Louis XVI. C’était le 21 janvier, jour anniversaire de sa mort qui eut lieu en 1793. Que des gens prient pour un défunt n’a rien de choquant. Chaque jour, des milliers de « messes » sont « offertes » et célébrées pour les défunts des familles, et le dernier des Capet a droit à  l’égalité (républicaine) des chances de salut… A moins que dans son cas, il s’agisse moins de prier pour le repos de son âme (depuis le temps, si elle n’est pas au ciel, son avenir paraît bien compromis !)…) que de faire de l’Eucharistie un rassemblement politico-nostalgique qui pue un peu trop fort, autour de l’autel, son monarchisme militant.

Ces messes prennent des allures de manifestations royalistes et l’ambon se transforme en tribune pour les pourfendeurs d’une démocratie forcément régicide.

Trois messes ont ainsi été célébrées dans la seule ville de Lyon , l’une en l’ église Saint Georges (chez les « Saint-Pierre », les ralliés de Mgr Lefebvre), une autre au prieuré du 56 de la rue Inkermann qui, lui, est carrément aux mains des membres de la fraternité Pie X, de stricte observance lefebvriste.. Voilà  qui illustre bien ce sur quoi nous insistons tant à  Golias : Ces milieux intégristes, ralliés ou non, sont imprégnés de la haine de la république. Ils ont repris le flambeau jamais éteint des partisans de l’Action française, de Maurras et des camelots du roi… Tout autant que leurs prédécesseurs, ces nostalgiques de la monarchie détestent la démocratie, la laïcité, la liberté, l’exercice de la citoyenneté, qui, pour nous sont autant de valeurs fondatrices, mais qui, pour eux, sont la source de tous les maux de notre société et de sa déliquescence…

Dans le cadre de ces cérémonies « vieille France », plus surprenante est la messe « royale » organisée dans la prestigieuse église Saint Bonaventure de Lyon , avec bien sà»r l’aval de son RECTEUR * et donc celle du Cardinal Barbarin.

C’est l’abbé Eric Pépino, curé de paroisses dans le Val d’Azergues (département du Rhône), qui a, encore cette année, célébré l’Eucharistie en présence de Son Altesse Royale le Prince Rémy de Bourbon-Parme, descendant direct de saint Louis et de Louis XIV (« altesse royale », n’est donc pas une invention moqueuse de Golias). D’ailleurs, l’abbé Pépino a commencé son homélie en lui lançant un respectueux « Monseigneur », avant de dire « chers frères et soeurs »… Parmi ces chers frères et soeurs, il y avait Loïc Bernard de Thugny, « président du souvenir bourbonien » (ça non plus, ça ne s’invente pas) et « les représentants des grandes familles lyonnaises et (de) nombreux monarchistes légitimistes… » comme le rapporte sur son site « Lyon-people ».

Le sermon de l’abbé mérite bien quelques citations révélatrices :

 » Traîné devant un tribunal inique, condamné par des juges sans loi car sans Dieu, le roi (Louis XVI, n.d.l.r.) n’a pour témoignage que sa foi… » Va pour la foi du roi, mais « ces juges sans loi » parce qu’ils sont « sans Dieu », ça ne sent pas sa haine de la laïcité ? D’ailleurs, le prédicateur poursuit en dénonçant les révolutionnaires « qui se proclamaient les maître de la France. » Ils « avaient un plan : établir un ordre nouveau qui n’est en fait qu’un vaste désordre. L’ordre nouveau reposerait sur un principe que nous venons de commémorer : la laïcité… » S’en suit une charge générale, en particulier contre l’école, pour poursuivre : « la mort de Louis XVI ouvre donc des temps radicalement nouveaux o๠l’opposition à  l’à‰glise, à  la foi chrétienne, à  la famille et plus largement à  l’ordre social naturel trouve son point d’aboutissement en notre siècle. » …… « Décapiter un roi que Dieu, lors de son sacre à  Reims, avait oint de la sainte Ampoule n’était en rien un geste anodin. C’était la volonté délibérée de se séparer définitivement de la loi divine. C’est le même processus qui, aujourd’hui, sévit et conduit à  la défaite de l’intelligence quand des lois sont votées sous la pression des minorités en tout genre, afin d’établir une société nouvelle affranchie de toute norme morale… »

Le discours se termine par une annonce du « petit reste » , comme «  Israà«l , qui après sa déportation à  Babylone ne ressemblait à  rien… » Et pourtant en Israà«l, il y eut toujours ce petit reste qui accueillit Jésus. Le petit reste avait eu raison contre tous « … L’appel est là , pour les vrais chrétiens, pour les purs, rares mais convaincus, à  reprendre le chemin des minorités persécutées. Leur christianisme renonce à  être la bonne nouvelle annoncée à  toutes les nations… Il devient chapelle pour l’élite o๠les aristocrates retrouvent leur place légitime, celle des (Mon)Seigneurs. Le roi à  venir, prétendant légitime, quant à  lui, est annoncé comme le nouveau messie d’une société pieuse, morale, obéissante et soumise.

Que les fils de Lefebvre, qui n’ont jamais fait mystère de leurs sympathies pour l’extrême droite, poursuivent leur combats contre ce qui fonde notre société moderne, c’est dangereux et appelle la vigilance, mais ce n’est pas nouveau.

Mais que dans une des plus prestigieuse églises de Lyon, on puisse entendre une telle déclaration de guerre aux fondements les plus humanistes de notre société (liberté, égalité, fraternité), avec l’accord du recteur des lieux et du cardinal, n’est pas acceptable !

Non, nous les chrétiens d’aujourd’hui n’accepteront jamais d’être récupérés par l’extrême-droite. Collectivement et au cours des siècles derniers, nous avons déjà  beaucoup donné.

* L’église de St Bonaventure n’étant pas un lieu paroissial, aucun baptême, ni mariage n’y sont célébrés. Cette église est comme la basilique de Fourvière un sanctuaire de la ville de Lyon o๠des chrétiens se rassemblent pour célébrer l’Eucharistie et vivre le sacrement de la Réconciliation uniquement. En conséquence, le responsable de ce lieu n’a pas le titre de CURE mais de RECTEUR .