Le retour de la charité du XIX° siècle

Voilà  une encyclique qui commençait bien : rappelant que Dieu est amour, elle voulait réconcilier l’éros (amour charnel) et l’agapè (amour divin)…
Le christianisme est en effet une religion de l’incarnation et on ne peut prétendre aimer Dieu sans aimer son prochain, mais c’est l’affirmation inverse qui intéresse Benoît XVI : on ne peut vraiment aimer son prochain sans aimer Dieu ! Si l’amour charnel est bien une dimension de l’amour, il doit être purifié… et c’est le rôle de l’Eglise. Le pape ne s’attarde pas sur la relation amoureuse ; il vise la dimension sociale de l’amour.

Or, cette encyclique nous ramène aux plus beaux jours de l’apologie de la charité opposée, comme avant Vatican II, à  la recherche de la justice sociale. L’Eglise ne se remet pas en cause ; c’est elle qui, selon lui, a toujours été la motrice des progrès sociaux et qui doit purifier la raison de son inhumanité.

Les raccourcis historiques sur les Lumières ( sous entendu la philosophie de la justice sociale) ou le marxisme (sous entendu la philosophie des droits de l’homme) évitent de se poser trop de questions ! Ainsi, il cite deux fois Julien l’apostat qui en reniant le Christianisme en a gardé la nécessité de l’amour mais sans se demander si Voltaire ou Marx n’avait pas fondamentalement eu la même attitude !

Quant à  vouloir changer la société, n’est-ce pas « nous pousser vers l’idéologie qui prétend faire maintenant ce que Dieu, en gouvernant le monde, n’obtient pas » (n°36) ?

Le pape oublie nombre de textes des Pères de l’Eglise ou de théologiens du Moyen-Age qui rappellent que les pauvres ont des droits – même celui de voler en cas de nécessité et qu’il ne sert à  rien de célébrer l’Eucharistie dans des calices d’or si Jésus dort nu dehors. Enfin, on peut décerner une mitre d’honneur à  celui qui a écrit cette perle : Après avoir souligné à  juste tire l’importance de la compétence professionnelle, il précise que si elle « est une des premières nécessités fondamentales (…) elle ne peut suffire.

En réalité, il s’agit d’êtres humains, et les êtres humains ont toujours besoin de quelque chose de plus que de soins techniquement corrects. Ils ont besoin d’humanité. Ils ont besoin de l’attention du coeur. Les personnes qui oeuvrent dans les Institutions caritatives de l’à‰glise doivent se distinguer par le fait qu’elles ne se contentent pas d’exécuter avec dextérité le geste qui convient sur le moment, mais qu’elles se consacrent à  autrui avec des attentions qui leur viennent du coeur, de manière à  ce qu’autrui puisse éprouver leur richesse d’humanité » (n°31) ! Demain, je vais aller lire ce texte à  des soignants athées qui oeuvrent avec humanité au service de leur patient !

Dans cette encyclique, Benoît XVI cisèle sa pensée et nous conduit certes vers des sommets spirituels splendides. Or à  celui qui a faim il est difficile de parler de spiritualité. C’est la collaboration de tous, entre hommes de bonne volonté sur le etrrain, qui doit être privilégié. Et pas un spécifique de la charité chrétienne comme le dit le pape dans son encyclique qui ne peut conduire qu’à  la confusion entre charité et évangélisation.

A ce titre la première encyclique de Benoît XVI risque d’entraîner les organisations caritatives de l’Eglise catholique à  pratiquer une charité telle qu’on l’a pensée au XIX° siècle.
A l’heure des multiples bouleversements qui touche le monde, a visée de cette encyclique nous paraît un peu courte. Dommage !

Italie – Non au PACS ?

Le projet hésitant de la « Marguerite » (le pôle des gauches italiennes) d’accorder une certaine reconnaissance juridique aux couples de fait, bien que distincte du mariage stricto sensu, rencontre bien des résistances. En particulier des autorités catholiques.

Les manifestations très suivies du 14 janvier, pro-Pacs et contre la révision de la lopi 194 autorisant l’avortement, ont allumé les feux de la discorde. Aucun homme poliotique important n’avait voulu y participer. En Italie, même à  gauche, hormis le parti radical (Mario Pannella et Emma Bonino) les politiciens se refusent à  agiter un drapeau rouge (ou rose en l’occurrence) devant le taureau vatican.

On sait à  quel point le Cardinal Camillo Ruini souhaite bloquer de telles velléités. Il pèse de toute son influence, qui est grande, et même énorme. D’autres évêques s’engagent dans la bataille. Ainsi, Mgr Simone Scatizzi, évêque de Pistoia, qui devrait pourtant partir bientôt à  la retraite. Cet évêque, qui jouissaikt jadis de la réputation d’un pasteur ouvert, avait déjà  agressé violemment les couples gays il y a quelques mois, parlant de « perte de la virilité » et de « féminisation de la société ». Il retourne dans l’arène contre ce mensonge que constituerait la reconnaissance d’un couple homo.

Mgr Rino Fisichella, évêque auxiliaire de Rome, Recteur de L’université du Latran, très lié à  la droite politique berlusconienne, marche sur ses traces. Sans oublier Benoît XVI, qui n’a pas renoncé au bras de fer éventuel avec un possible gouvernement de gauche, et dénonce « une grave faute ».

Par contre, fait intéressant, le Cardinal Dionigi Tettamanzi, archevêque de Milan, a pris d’une certaine façon le contre-pied de la posture intransigeantiste. En effet, dans sa contribution du 4 janvier à  un Congrès diocésain il a tenu des paroles d’apaisement. « L’Eglise n’impose pas mais propose la vérité; en la servant dans le signe du don, avec amour et par amour ». Cette tonazlité évangélique de l’un des papabili alternatifds du dernier vConclave a suscité beaucoup d’attention. Certes, Tettamanzi se garde bien de se prononcer en faveur du futur Pacs à  l’italienne. Sur le plan strictement doctrinal, il ne s’écarte pas d’un pouce de la stricte orthodoxie morale vaticane. Par contre, il continue à  incarner une sorte de style ‘ »Jean XXIII » : conservateur sur le fond et de sensibilité, mais débonnaire et libéral en fait.

On le devine, cette stratégie n’a rien de fortuit. Elle n’a pas porté de grands fruits, en définityive, lors du dernier Conclave, puisque Mgr Tettamanzi n’a reccueilli, semble-t-il, que deux maigres voix (discutées). Par contre, dans le futur, elle pourrait se révéler bien plus payante. En efet, en cas de triomphe de la gauche lors des prochaines électyions en Italie, la ligne dure incarnée par Ruini pourrait ^^etre contestée et en tout cas poser des problèmes et compromettre des relations harmonieuses entre l’épiscopat et le nouveau gouvernement. Il n’est pas exclu que Mgr Ruini sache redresser la barre et changer de ton. Il compte, dans cette éventualit »é, sur les b ons services de l’actuel Secrétaire de la Conférence Episcopale italienne, Mgr Giuseppe Betori, qui a des amis à  gauche et tient un disdcours plus prudent. D’ailleurs, depuis quelques temps, Don Camillo intervient moins, se ménageant des portes de sortie. En même temps, le Cardinal Tettamanzi est, de longue date, le rival de Ruini pour le leadersghip de l’épiscopat du pays. Il est plus apprécié des évêques. Il se montre plus centriste et fraternel. Pour mettre de l’huile dans les rouages et favoriser une relative bonne entente, il constituerait un candidat opportun. Ce qui lui ouvrirait aussi plus sérieusement la voie vers la papauté. En efet, si la restauration ratzingérienne devait manifester dans quelques années trop d’ezssoufflement et de consé »quences contre-productives, on peut imaginer que les porporati choisissent un homme déjà  âgé, de formation conservatrice, qui rassurerait et ne présenterait pas un profil trop opposé, mais qui permettrait une transition, présenterait un visaghe plus ouvert et décontracté, serait plus un curé à  l’italienne qu’un Herr Professor. L’heure Tettamanzi pourrait sonner. Enfin, il est clair que Tettamanzi et Ruini sont de plus en plus en opposition presque complète. Il y a une dizaine d’années, Tettamanzi, assez peu en sympathie avec son archevêque, Carlo Maria Martini, s’était plutôt positionné à  droite, se rapprochant de Ruini qui le demanda comme son « vice » à  la tête de l’épiscopat en 1991. Don Quichotte et Sancho Pancha faisait bon ménage. Pour un temps. Très vite, l’axe modéré Re-Tettamanzi s’est renforcé, un peu en opposition à  l’interventionnisme trop conquérant de Ruini. La rupture s’est creusée.

On le sqait, cet axe centriste Re-Tettamanzi a subi un gros coup avec l’élection de Joseph Ratzinger.. Une bataille perdue ne veut pas dire que la guerre soit perdue. Si le choix actuel d’une rstauration trop intransigeante devait subir trop de camouflets suite à  l’évolution sociétale en Occident, l’idée de donner les rênes à  un pasteur bienveillant ert débonnaire, qui apaiserait les choses, pourrait avoir beaucoup d’avenir.

Barrettes rouge en attente

Ce n’est un secret pour personne à  Rome. La création de futurs cardinaux est désormais toute proche. D’aucuns parlent même du 22 février. Les noms des élus possibles circulent.

En tête de liste devrait figurer Mgr William Levada, le successeur de Joseph Ratzinger à  nla Congrégation pour la doctrine de la foi. Parmi les prélats de Curie on parle surtout de l’archevêque slovène Franc Rodé, le préfet de la Congrégation des Religieux, et de l’archiprêtre de Saint Pierre, Mgr Angelo Comastri, unj italen plein d’avenir. On cite aussi le nom de l’ancien Nonce en Israel, Mgr Andrea Cordero Lanza di Montezemolo, 81 ans, actuellement archiprêtre de Saint Paul Hors les Murs et de Mgr Gabriele Montalvo, ancien Nonce aux Etats Unis

Absents de la pourpre, car mal vus du Souverain Pontife, Mgr Michel Sabbah, Patriarche latin de Jérusalem, jugé politiquement imprudent et Mgr Francesco Monterisi, le Secrétaire de la Congrégation des Evêques (azuquel reviendrait de tradition la pourpre après l’élection d’un nouveau Pape) .

Sera créé ceretainement cardinal Mgr Stanislas Dziwisz, 67 ans, archevêque de Cracovie et ancien Secrétaire privé de Jean PAul II.

Parmi les archevêques résidentiels, on évoque, les titulaires des sièges de Paris, Bologne, Barcelone, Tolède, Boston, Asuncion, Quito, Manille, Dublin ou Armagh ‘(l’un des deux), Dakar et Cape Coast, .

Le Pape pourrait créer aussi des cardinaux récompensés pour services rendus, dont le choix pourrait être particulièrement significatif car le pouvoir discrétionnaire du Pontife est plus vaste que pour les archevêques déjà  en place à  des sièges importants. Voici les noms que porte la rumeur :

* Mgr Domenico Bartolucci, 89 ans, ancien maestro de la Sixtina, un traditionnel convaincu, évincé par le lobby réformiste autour de Mgr Piero Marini; une façon de souligner l’importance de la musique liturgique et de réhabiliter un vaincu;

* le Père Candido Pozo, 91 ans, théologien espagnol conservateur, un jésuite de l’ancienne école, longtemps membre de la Commission théologique internationale;

* le Père Pierre Blet, 88 ans, historien jésuite français très traditionaliste, défenseur convaincu de la cause de Pie XII qui serait ainsi relancée;

* le Père Servais Théodore Pinckaers, dominicain, né à  Liège en 1925, moraliste, longtemps professeur à  l’Université de Fribourg, membre de la Commission Théologique Internationale et consulteur de la Congrégation pour l’éducation catholique, défenseur de la thèse des actes intrinsèquements mauvais qui justifie l’intransigeance en morale sexuelle;

* le Père Umberto Betti, 84 ans, un ami de Camillo Ruini, franciscain, spécialiste de la théologie de l’Eglise, chargé de minimiser la collégialité et le rôle des conférences épiscopales, ancien Recteur de l’Université du Latran, o๠il redressa la barre à  droite;

* le jésuite Albert Vanhoye, 83 ans, un français, modéré, bibliste et longtemps collaborateur estimé de Ratzinger en qualité de Secrétaire de la Commission Biblique, l’un des rares candidats à  ne pas incarner une quelconque forme de restauration;

* Mgr John Leonard, 85 ans, ancien évêque anglican de Londres, rallié au catholicisme suite à  l’ordination de femmes dans son Eglise d’origine, une candidature qui serazit jugée offensante par bien des anglicans et pourrait contribuer à  sonner le glas de l’oecuménisme;

* Mgr Walter Brandmuller, 77 ans (le seul qui deviendrait donc électeur) historien bavarois ultra-conservateur chargé de mener à  bien le projet de révision du Concile Vatican dans le sens que l’on sait.

Il n’est pas exclu que ce consistoire futur réserve d’autres surprises. Par exemple la création d’un prélat résidentiel plus jeune ou n’occupant pas un siège trtaditionnellement cardinalice. Ainsi l’évêque de Trèves, Mgr Reinhardt Marx, 53 ans, très conservateur, l’archevêque de Salzbourg, Mgr Alois Kothgasser 69 ans (un modéré, pour redonner confiance à  l’Eglise d’Autriche, secouée ces dernières années), l’archevêque de Moscou ou celui de Dijon, Mgr Roland Minnerath, 60 ans cette année, un homme qui semble promis à  une carrière désormais fulgurante.
Enfin, un nom commence à  circuler : celui de Mgr Bruno Forte, 57 archevêque de Chieti. Ce choix dérouterait les experts. Forte ne passe pas pour conservateur. Au contraire, son choix donnerait à  penser que Joseph Ratzinger, malgré tout, entend échapper aux classifications.

L’évolutionnisme en question

On se souvient de l’article du Cardinal Christoph Schà¶nborn, archevêque de Vienne, dans « The New York Times » du 7 juillet 2005, qui semblait remettre en cause la position de Jean Paul II sur la théorie de l’évolution, selon le Pape polonais plus qu’une hypothèse.

L’éminent théologien dominicain, de renommée internationale, papabile remarqué quelques mois auparavant, d’ordinaire très loyal envers les déclarations des Pontifes Romains avait surpris un peu tout le monde. Comme si, sur cette question également, le Vatican désirait faire marche arrière. En réalité, il semblerait que Schonborn soit intervenu un peu à  la demande de son protecteur et ami Joseph Ratzinger. Sa remise en cause de ce qui semblait être devenu un acquis intellectuel au sujet de l’évolution avait sans doute valeur de ballon d’essai. En même temps, Schonborn confortait ainsi les théologierns de pente concordiste qui se voyaient encouragés dans leur désir par le mouvement d’idées, aux Etats Unis, en faveur de l’hypothèse dite « ID » : « Intelligent design ». Selon cette hypothèse, en effet, le commencement du monde ne peut s’expliquer qu’à  la lumière d’un dessein immanent à  la création. Cette nouvelle forme de concordisme diffère de celui reposant sur la thèse du bing bang. En effet, elle peut favoriser aussi bien une sorte de panthéisme, de déisme que la vision du Dieu créateur. Il n’empêche, elle fait peser la balance du côté spiritualiste et rend donc service à  tous ceux qui sont partis en guerre contre l’hypothèse, à  vrai dire plus philosophique que véritablement scientifique, »du hasard et de la nécessité » (pour reprendre l’expression du philosophe grec Démocrite pérénnisée par Jacques Monod il y a une trentaine d’années).
Le Cardinal Schonborn fut vivement critiqué dans le monde scientifique pour ses « oeillades » à  l’égard des fondamentalistes. Il semble que le Vatican a voulu mettre un peu d’eau dans son vin. Un article du Professeur Fiorenzo Facchini, dans l' »Osservatore Romano » semble revenir à  la position de la théorie comme plus qu’une hypothèse. Un signe d’une volonté retrouvée d’un dialogue éclairé avec les scientigiques?

Il arrive que le Bon Dieu, lui aussi, se trompe

La vérité sort de la bouche des enfants. Et il est certain que les oreilles de Saint Nicolas viennent de l’entendre à  plusieurs reprises. C’est surtout dans les questions de religion que les enfants peuvent trouver le mot juste pour exprimer des vérités qui échappent souvent au regard des adultes. Maria Antoinetta Albanese, institutrice italienne, a collecté ce genre de mots qui expriment la sagesse enfantine et les a présentées dans un livre intitulé :  » Le nom de famille de Jésus était `Dieu’ « . En voici quelques échantillons.

* Jésus était au ciel. Il n’était pas Dieu, mais on ne pouvait pas l’atteindre. Dieu lui a dit :  » Il faut que tu descendes et que tu sois le fils de la madone « . (7 ans).
Les gens ont dit :  » Quand Jésus est né, on était dans l’année zéro « . (9 ans)

* Marie est la grand-mère de Jésus, puisqu’elle est la mère de Dieu et que Jésus est le fils de Dieu (9 ans).

* J’avais compris que Dieu s’appelle Joseph. Et maintenant je ne comprends plus rien (9 ans).

* Jésus était un garçon quand il est né, parce que les garçons plaisent à  Dieu plus que les filles, parce que les hommes sont plus forts. Il savait qu’on le mettrait en croix et pour une femme ce serait dur (9 ans).

* Jésus est en croix parce qu’ils ont voulu le tuer. Mais ça n’a pas marché, parce que plus tard il était à  nouveau en vie (3 ans).

* On ne le voit pas parce qu’il est au paradis. Il est assis à  la droite de Dieu. Cela veut dire qu’il est son bras droit. La madone est assise à  sa gauche parce qu’elle n’a pas autant d’importance (7 ans).

* Jésus est le fils préféré de Dieu (7 ans).

*Jésus est venu en Palestine parce que les gens y faisaient la guerre mondiale. C’est pour cela qu’ils ont fait la Conférence de la Paix à  Madrid, parce que là -bas, en Palestine et en Israà«l, ils font toujours la guerre. (8 ans).

* Jésus est gentil et je m’imagine qu’il est très beau. Il porte une tunique bleu ciel sur laquelle est écrit :  » Vive la Paix !  » (8 ans).

L’école romaine contre le maximalisme

Depuis un certain temps déjà , le petit monde de la Curie bruisse d’une étrange rumeur : les prélats les plus classiques et les plus conservateurs se sentent en désaccord par rapport au ton et même au contenu du récent document barrant la route à  l’ordination des candidats de tendance homosexuelle.

Pour le Cardinal Julian Herranz Casado, Président de la Commission de l’interprétation des textes législatifs, ce document pose bien des problèmes : sa tonalité psychologisante, un certain flottement entre le for interne et le for externe, le manque de rigueur de l’argumentation et des critères (par exemple tendance homosexuelle « foncière »). Au plan historique, le texte n’est pas rigoureux. A l’évidence, la dénonciation du Concile d’Elvire, en 306, de l’ordination éventuelle de prêtres homosexuels ne visait pas les gays actuels mais les pédérastes (on dirait les pédophiles) et éventuellement ceux qui pratiquent l’homosexualité. La catégorie d’homosexualité comme telle est récente, elle remonte au XIXe siècle. Selon un autre prélat âgé, qui exerça de très hautes responsabilités, l’interprétation courante du texte de la Sacrée Congrégation des Séminaires interdisant l’ordination d’homosexuels était large : elle visait ceux qui rencontraient trop de problèmes pour rester chastes ou ne l’étaient pas, et non pas une structuration psychologique essentialisée. Le même prélat âgé, ancien collaborateur du Cardinal Ottaviani rappelle la pratique en fait suivie par les confesseurs : exiger que le candidat soit resté chaste un certain temps (six mois ou deux ans) pour que le jugement toujours faillible puisse évaluer une probabilité future de continence respectée. L’idée d’écarter des candidats en raison de telle ou telle forme de tentation ou de désir n’entrait pas en ligne de compte. Encore selon ce même prélat, un désir homosexuel maîtrisé débouchant sur une véritable amitié loin de constituer un péché ou un obstacle à  la prêtrise devra fluidifier les relations entre prêtres, favoriser une sublimation harmonieuse, permettre des échanges fraternels, riches et confiants. La hantise française des « amitiés particulières » n’est pas saine et participe du jansénisme. En réalité, lorsque le désordre de la passion retombe, une amitié chaste et saine, même soutenue secrètement sans doute par un penchant homosexuel, contribue au progrès spirituel et a été vécue poar beaucoup de saints, comme Alphonse de Liguori, Philippe Néri ou Jean Bosco. En outre, une inquisition trop poussée de la psychologie peut provoquer de grands dégâts humains et conduire un garçon de sqensibilité homosexuelle à  se précipiter, pour le coup, dans des conduites très frénétiques. Il vaut mieux tolérer et ne pas déstabiliser. La passion prise à  rebrousse-poil explose. Son impact peut conduire des jeunes gens à  une révolte incontrôlée contre l’Eglise, voir à  une haine de Dieu. La théologie morale des passions repose sur le souci de l’intégration psychologique de l' »appétit » (terme thomiste) et non sur une dénonciation psychologisante dangereuse et parfois injuste. Le discernement d’une vocation doit être global et mesurer au for externe l’harmonie avec laquelle le jeune vit son désir d’être prêtre sans contacts sexuels génitaux. Au plan de la théologie morale, la pression exercée pour que les jeunes avouent leur éventuelle tendance sexuelle au directeur de conscience serait scandaleuse. La seule obligation au sens strict vise l’ensemble des péchés mortels effectivement commis et dans le cadre du secret sacramentel de la confession (et même dans le cadre sacramentel il y a des dispenses, par exemple pour infamie morale, si par hasard le pénitent se trouvait dans un confessionnal en face d’un parent, de son évêque, d’un ami, d’un prêtre trop rigoriste ou susceptible de trahir le secret). La sincérité hors de ce cadre est « prudentielle », dépendant d’un jugement de conscience et en fonction de diverses considérations. Elle n’est pas une obligation absolue mais relative. Ainsi, si en conscience, et dans la mesure o๠ce n’est pas une vérité de foi, un motif pourrait barrer la route à  l’ordination d’un candidat que ce candidat juge ne pas être en fait un empêchement véritable, ce même candidat est totalement en droit de dissimuler ce motif à  son directeur de conscience. Ainsi, dans la mesure oà¹, en conscience, un jeune séminariste chaste avec un penchant homosexuel craignait de se voir exclu des ordres pour un motif qu’il a le droit de retenir non valide ou discutable, il peut moralement le dissimuler au for externe comme au for interne (il n’y a pas mensonge s’il n’y a pas obligation de dire).

En définitive, sans même parler des divagations de Tony Anatrella, le texte excluant impitoyablement les gays n’est pas en conformité avec la théologie romaine traditionnelle, soucieuse d’éviter à  la fois le laxisme (minimalisme) et le rigorisme (maximalisme). Des objections imprévues, mais pour cela non moins intéressantes, à  un texte discuté.

29 janvier 2006 – Temps ordinaire – 4e dimanche

Dt 18, 15-20 – Ps 94 – 1Co 7, 32-35 – Mc 1, 21-28

Un enseignement nouveau donné avec autorité et qui étonne. Qui est donc ce rabbi qui n’agit ni ne parle comme les scribes ? Le seul à  connaître ce nouveau maître semble être l’esprit impur. Sa mention peut nous mettre mal à  l’aise, mais elle indique la nature réelle du combat que Jésus vient mener : « quoi entre toi et moi ? » On remarquera que c’est la même parole que Jésus adresse à  sa mère lors du premier signe chez Jean à  Cana. Pour ce premier miracle chez Marc, le Seigneur s’attaque à  la racine du mal, à  ce qui emprisonne l’humanité au-delà  même de sa propre responsabilité. Ce jour de sabbat, c’est comme une nouvelle création qui est offerte et l’esprit de l’homme renouvelé. L’autorité de Dieu vient autoriser l’homme à  être ce qu’il est en lui insufflant une parole qui lui fait reprendre ses esprits. Image de Dieu il ne peut devenir à  sa ressemblance en voulant plaire au monde mais en se laissant libérer par la parole totalement libre de Jésus.

Di Falco à  l’Elysée – Bon appétit, Monseigneur !

On peut être l’évêque d’un des moins peuplés des diocèses de France (avec 123 000 âmes), et pour autant ne pas craindre de partager la table des Grands.

Son Excellence Mgr Di Falco a connu, depuis quelques années, bien des déboires, que ce soit sa chute en plein envol parisien ou son exil sibérien dans de dures (mais si belles !) montagnes. Pourtant toutes ces claques, qui auraient laissé K.O tout autre que lui, ne l’empêchent pas de parader dans ce « monde » par ailleurs tant décrié. L’évêque de Gap sait rebondir comme un chamois du Pelvoux, sauf qu’il a l’estomac moins alpin. C’est « le Canard enchaîné » qui l’a révélé dans son numéro du 11 janvier 2006. Le 18 décembre 2005, pendant cette période appelée « l’Avent », temps o๠les Chrétiens sont invités à  se préparer à  Noà«l, à  la crèche, au dénuement du fils de Dieu dans sa mangeoire, Mgr Jean-Michel Di Falco, lui, partageait, à  l’Elysée, le ratelier doré d’une cinquantaine de prestigieux invités. Mais il ne faut pas lui en vouloir, il a toujours préféré les rois mages aux bergers (de ses montagnes). Tout ce beau monde était là  pour célébrer une certaine Madame Pinault qui avait reçu des mains du Président de la République les insignes de Chevalier de la Légion d’honneur. Lecteur exigeant, ne nous demande pas quel service éminent et héroïque a pu rendre à  la France cette épouse d’un milliardaire dont le nom est associé à  la Redoute, la FNAC, Conforama, Château Latour et autre Executive Life … Nous avouons notre ignorance, (mais n’en avons point honte…) !

Mais que faisait donc l’évêque de Gap au milieu de ces chiraquiens hyper-friqués ? Tout porte à  penser qu’il était l’invité personnel de Bernadette Chirac qui le fit siéger à  sa droite, la place d’honneur revenant, selon l’étiquette, au représentant de Dieu. Dame Chirac est connue pour ses ferveurs religieuses qui instinctivement la poussent du côté des disciples de Mgr Lefebvre. Mais sa place d’épouse du Chef de l’Etat lui interdit de trop afficher ses penchants extrémistes. Alors, elle donne, et depuis longtemps, dans une fréquentation plus modérée, dans un conservatisme prudent, en particulier en confiant le soin de son âme aux moines de la Fraternité de Jérusalem, fortement implantée à  Paris…

A la fin de ce fameux repas élyséen, le Canard nous raconte que Bernadette « se lève et tous les convives, un peu interloqués, sont priés d’en faire autant. La première dame de France se tourne alors vers Di Falco et lui donne la parole. Il lance haut et fort : « A la demande de ces dames, je vais dire une prière d’action de grâces. » L’assistance est médusée. De table en table, tout le monde s’observe, un brin gêné, le visage de Claude Chirac est crispé et celui de Jacques se décompose… » Et la prière de remerciement se termine par un signe de Croix, que Jacques Chirac refuse de faire…

Nous ne saurons jamais, hélas, si notre Monseigneur des Grands s’estime avoir été piégé par Bernadette et mis dans l’impossibilité de refuser une manifestation qu’il ne souhaitait pas. A moins que la foi contagieuse de sa noble voisine ne l’ait lui-même emporté sur des sommets mystiques, oà¹, au lendemain du centenaire de la séparation des Eglises et de l’Etat, la noble assemblée a été manifestement gênée de le suivre.

Comment cet évêque, mis en pénitence le plus loin possible de la capitale, peut-il toujours être le saint chouchou des puissants de ce monde, la coqueluche épiscopale des derniers salons de la République, l’homme que l’on est fier d’avoir à  sa table, qui est capable au dessert et sur commande de sortir une prière de pleine bouche (prononcez « Bush ») ? Il y a là  un bien beau miracle… Dieu, notre Dieu de pauvreté et d’humilité, aurait-il changer de tactique ? A croire qu’après la visite des Mages à  la crèche, Son Fils a préféré fuguer avec eux, laissant sa place à  un petit de berger, (voilà  qui pourrait expliquer les discours évangéliques contre les riches et les grands de la terre !). Alors que l’épiscopat fait la gueule à  l’abbé Pierre pour un aveu jugé déplacé, qui n’est, pourtant, qu’un humble (et bien chrétien) témoignage de difficile humanité, l’inoxydable Jean-Michel fait briller sa croix pectorale et sa vanité violette sous les lustres de cristal et n’a pas peur de porter des toasts à  Dieu dans les bulles rotées d’un Champagne haut de gamme. Courtisan Jean-Michel, toi l’Evêque des salons parisiens, surtout te gêne pas pour nous, ni pour ton (?) peuple de montagnards. Continue, à  l’aise, de faire tes ronds de jambe, tes baisemains et tes prières de prélat repu. Mais, pour la paix de ton âme, surtout n’ouvre plus jamais l’Evangile (appelé aussi « Bonne nouvelle annoncée aux pauvres »). Et pour terminer tout de même avec le panache que mérite ton goà»t des grandeurs, réponds-nous franchement : quand, toi, un Prince de l’Eglise, tu sors de l’Elysée, est-ce que la Garde Républicaine te salue sabre au clair ?

A quand une autre Eglise catholique ?

A quand l’élection au suffrage universel, d’un Pape ou d’une Papesse, jeune et qui serait animé(e) d’idées fraîches, radicalement novatrices ?
A quand l’égalité totale hommes-femmes au sein de l’Eglise catholique (par « Eglise », j’entends bien évidemment le clergé)
A quand l’asexualisation de la notion de Dieu et de la Sainte Trinité ?
A quand une vraie démocratie dans l’Eglise catholique ?
A quand une gestion moderne de l’ensemble de la chrétienté ?
A quand une Eglise catholique qui, au lieu de nous infantiliser, s’intégrerait pleinement dans l’évolution naturelle de la société civile ?
A quand une Eglise catholique qui sortirait enfin du moyen âge ?

L’Eglise catholique s’est véritablement enfermé dans son obscurantisme comme dans un trou noir. C’est effrayant, vertigineux et affligeant. Notre Pape « Benoît XVI », fraîchement arrivé, a déclaré dans ses diverses homélies, qu’il veut défendre le « Dogme » et que pour ce faire, il doit combattre toute activité sexuelle avant le mariage, la fornication, la masturbation, l’adultère, les préservatifs, le divorce, l’euthanasie, l’homosexualité, etc. etc. Et la pédophilie ? Silence radio !
Pourquoi le « Dogme » de l’Eglise catholique éprouve-t-il une honte si évidente du corps de l’homme et de la femme ? Ce n’est pas normal du tout !
On nous dit que ce pape, vu son âge avancé, n’est qu’un Pape de transition. D’accord mais alors, une transition vers quoi ?

Avons-nous encore besoin de cette secte, qui était, certes, très présente jadis mais qui, de nos jours, n’en finit pas de se scléroser elle-même, de se consumer elle-même jusqu’à  se condamner elle-même à  disparaître ? Et bien si, moi j’affirme, au contraire, que nous en avons encore bien besoin de cette Eglise et je dirais même de plus en plus besoin car si elle disparaissait un jour à  jamais, le bébé disparaîtrait, lui aussi hélas, avec l’eau du bain … et le drame, il est bien là  !

A quand une Eglise universelle, de tous les hommes et de toutes les femmes, de tous les êtres vivants et non vivants, de tout ce qui existe sur notre planète « Terre » et dans l’Univers tout entier, une Eglise o๠primerait, non pas l’obéissance aveugle et donc imbécile à  un « dogme » mais bien l’adoration de cette Intelligence supérieure qui existe en toute chose, qui nous dépasse tous et que nous ressentons tous ?

Il faut croire, Mesdames et Messieurs, oui, persister à  croire contre vents et marées et ce, jusqu’à  notre mort, en la grâce, car celle-ci existe bien pour tout qui accepte humblement de l’accueillir. Il ne suffit pas de croire en Dieu, il faut le prier avec attention, l’invoquer avec ferveur, le louer de tout son coeur et de toutes ses forces, se faire tout petit devant lui, laisser ouvrir tout grand nos coeurs d’enfant afin de laisser pénétrer la grâce divine pleinement en nous. Notre arrogance nous perdra, notre humilité, nous sauvera.

L’ « Eglise » catholique, aura-t-elle le courage et la détermination d’opérer une vraie réforme interne, sérieuse et complète plutôt que d’abandonner lâchement l’ensemble de ses fidèles, dans un nouveau schisme ou dans le néant ?

Prions pour le salut de la foi !

Marc HANSEN, Liège le 24 aoà»t 2005

L’archevêque de Boston, Mgr O’Malley ne veut plus manger avec « les tenants de l’avortement »

L’archevêque de Boston a dernièrement boycotté le traditionnel « dîner de Noà«l » des oeuvres d’entraide catholiques. Mgr Sean O’Malley, c’est comme cela qu’il s’appelle, a voulu ainsi dénoncer les positions du maire de la ville, Thomas M. Menino, sur l’avortement et également sur le mariage de personnes du même sexe. Hôte d’honneur de ce repas, Thomas Menino est pourtant un fervent supporter des oeuvres d’entraide catholiques.

Selon le quotidien local « Boston Globe », l’archevêque de Boston suit ainsi la ligne de la Conférence des évêques catholiques américains qui se prononce contre les honneurs faits aux politiciens favorables à  l’avortement.
Cette position avait déjà  été prise par certains évêques conservateurs durant la campagne présidentielle américaine de 2004. Ces prélats demandaient que l’on refuse la communion à  John F. Kerry parce qu’il s’était prononcé en faveur de l’avortement. La décision de Mgr O’Malley a été prise à  la suite des pressions des groupes conservateurs, de plus en plus puissants aux USA.
Les responsables de ces oeuvres d’entraide catholiques ont tenu à  faire entendre une autre voix en rappelant que le maire de Boston s’était beaucoup engagé pour les pauvres, les immigrants, les personnes âgées, les enfants et les familles de toutes races, religions et communautés ethniques, en coopération d’ailleurs avec Mgr O’Malley . Ils ont insisté sur le fait que le boycott par l’Eglise de ces « rassemblements de charité » allait affaiblir les capacités financières des institutions en charge des aides aux populations les plus démunies. Rien n’y a fait ! L’évêque de Boston a préféré rester sur sa faim (de justice et d’amour du prochain ?) plutôt que de partager le pain avec un homme politique qui accepte la loi rendant possible l’avortement.
A peu près à  la même époque, mais chez nous cette fois, Mgr Di Falco, évêque de Gap, ne craignait pas de manger à  l’Elysée, à  la table d’un Président de la République, et même à  la droite de son épouse (d’après le Canard Enchaîné du 4 janvier 2006) Il faut tout de même préciser que le repas élyséen n’avait aucune prétention caritative puisqu’il était organisé pour fêter Madame PINAULT , « l’épouse de François, le multimilliardaire chiraquien, qui (venait) tout juste de recevoir les insignes de chevalier de la Légion d’honneur des mains de Chirac. »
Comprenne qui pourra dans ces manières diverses de vivre l’Evangile, ou plutôt, hélas, on a tous trop bien compris.