BENOIT XVI et les Intégristes

Benoît XVI a donc rencontre Mgr Bernard Fellay, l’un des évêques de la Fraternité Saint Pie X, sacrés par Mgr Lefevre en 1988. Suisse romand, Mgr Fellay incarne dans la Fraternité Saint Pie X l’aile la plus modérée et la plus incline à  la réconciliation avec Rome.

La Fraternité Saint Pie X est profondément divisée entre une tendance dure, radicale, penchant vers le sédé vacatisme (thèse selon laquelle le siège de Rome serait vacant et le pape actuel non légitime) et une tendance plus pondérée envers le giron romain.

A l’opposé de Mgr Fellay, Mgr Williamson, évêque américain, lui aussi sacré par Mgr Lefebre, refuse toute idée d’un accord.

Cet accord pourrait aussi attirer un certain nombre d’éléments plus ou moins indépendants qui, bien que partageant la sensibilité de la Fraternité Saint Pie X, ont pour certains rompu avec la Fraternité, pour d’autres en ont été exclus.

Parmi ces derniers citons l’abbé Aulagnier, et l’abbé Laguérie qui n’ont jamais voulu rompre avec la Fraternité par fidélité de mémoire à  Mgr Lefebvre, mais qui de tout coeur souhaitent une réconciliation ; on citera surtout l’abbé Lorans, le directeur de l’Institut Universitaire St Pie X de Paris.

Une réconciliation a déjà  eu lieu au Brésil.

Un groupe schismatique qui avait été à  l’origine composé de fidèles et prêtres du diocèse de Campos avec un évêque à  leur tête, Mgr Risan, a été réintégré pleinement en 2003 par l’Institution catholique officielle .

Rome considère cette première réussite comme un modèle du genre et espère vivement pouvoir l’étendre aux autres dissidents intégristes. Depuis des années, le cardinal Castrillon Hoyos oeuvre en ce sens avec des chauds et des froids.

Il y a quatre ans déjà , en 2001, un espoir de réconciliation était caressée. Il semble que les nombreuses réticences de plusieurs épiscopats locaux aient freiné les ardeurs réconciliatrices voulues par Jean Paul II et le cardinal Castrillon. A ce moment là , ce dernier a cependant célébré une messe de Saint Pie V à  la Basilique St Marie Majeure de Rome en signe de clin d’oeil.

De même, peu après, le président de la conférence épiscopale française, Mgr Ricard, a célébré des ordinations au monastère du Barroux.

Cependant, les critiques récurrentes des religieux intégristes à  l’endroit des initiatives oecuméniques ont exaspéré le Vatican qui espérait plus de loyalisme. Les tentatives de réconciliation ont fait alors « chou blanc ». L’élection de Joseph Ratzinger modifie la donne.

Sans doute, à  bien des égards, le nouveau pape est aux antipodes des tenants de Mgr Lefebvre. Néanmoins, il incarne en sa personne une volonté de rupture avec l’attitude bienveillante et positive à  l’égard du monde moderne qui était prééminente dans l’attitude conciliaire.

Si l’analyse que fait Joseph Ratzinger de la crise dans l’Eglise est bien plus subtile et nuancée que celle de Mgr Lefebvre, il n’en demeure pas moins que l’un comme l’autre, considèrent l’esprit d’ouverture au monde comme la cause de la crise actuelle qui touche l’Eglise catholique. En outre, Joseph Ratzinger, beaucoup plus que Jean Paul II, se soucie de la conservation, sinon de la restauration de la liturgie. Il a lui même célébré des messes anciennes au Barroux et en Allemagne.

Mais surtout Joseph Ratzinger a préfacé deux pamphlets du liturgiste allemand Klaus Gamberg écriant avec grande sévérité les réformes liturgiques conciliaires.

Enfin, et ce point est très important, Joseph Ratzinger n’aurait jamais fait Assise, a refusé de s’y rendre la première fois et n’a pas caché ses réserves.

Pour les intégristes, Joseph Ratzinger reste donc un allié objectif de la lutte contre le relativisme, et l’inverse est également vrai. En soi, la reprise d’un dialogue est une bonne chose, à  condition que ce dialogue soit sincère de part et d’autre. En même temps, et ce problème ne saurait être oublié une réconciliation avec les intégristes peut signifier aussi une volonté commune de mettre un terme à  un certain esprit du concile, autrement dit à  une vision plus large, plus libérale, moins dogmatique du message.

A bien des égards, la théologie politique de Joseph Ratzinger est en contraste très net avec le virage théocratique de nos intégristes français .

Pourtant, de part et d’autre, il y a une prétention à  édicter des normes et des obligations, non seulement pour les catholiques mais pour la société toute entière. L’interprétation ratzigérienne de l’expression « L’Eglise experte en humanité » conduit en définitive la hiérarchie actuelle à  réinventer le modèle intransigeant et dominateur dont les intégristes refusent la disparition.

En ce sens, il y a une véritable connivence entre la restauration en cours et le courant intégriste. Une réconciliation entre Rome et une frange d’Ecône ne serait pas simplement à  saluer comme la fin d’une brouille ou encore moins le retour d’un enfant prodigue.

Soyons clairs, il s’agit pour les uns et pour les autres de faire front à  la modernité et à  ses dérives, à  l’esprit des Lumières, au relativisme qui constitue aussi bien pour Joseph Ratzinger que pour la Fraternité Saint Pie X le grand fléau.

L’éventuelle réconciliation entre Rome et Ecône a un prix.

Il s’agit tout simplement de donner une interprétation minimaliste du concile, d’en étouffer la dynamique libératrice et de tourner le dos à  la revendication d’autonomie de l’Homme perçue finalement comme le péché par excellence.

Si cette réconciliation se confirmait cela serait un signe de plus que le rêve du pape Jean a été bien oublié.

Contact Presse Vincent Farnier 06 10 73 35 27

BENOIT XVI à  l’épreuve des JMJ

Les JMJ de COLOGNE

Le théologien Joseph Ratzinger est familier des soutenances de thèse, exercice redouté et ardu s’il en est.

En fait, il devra affronter un jury bien plus nombreux, d’allure moins sévère mais en réalité qu’il lui faudra encore moins décevoir, en l’occurrence ces jeunes qui se rassembleront à  Cologne à  l’occasion des Journées Mondiales que l’on sait.

Dans les mémoires, le charisme exceptionnel du Pape Wojtyla demeure entier.

Plus timide, moins star, Benoît XVI saura-t-il conquérir aussi les coeurs ?

Ce qu’il reprochait – confidentiellement – à  Jean-Paul II de trop privilégier : œIl remplit les stades, les églises se vident .

En fait, reprocher à  Benoît XVI de manquer de charisme médiatique est lui intenter un faux procès, et ce doublement : d’une part, les tempéraments et les charismes sont à  l’évidence bien divers ; de l’autre, au niveau d’une ecclésiologie plus décentrée, mais recentrée sur l’Evangile, il ne semble pas très souhaitable qu’un seul homme occupe ainsi le devant de la scène et y exerce une telle fascination.

Pour autant, Golias ne va pas signer un chèque en blanc à  Joseph Ratzinger. Un regard critique et éveillé continue de s’imposer. Non pas pour lui reprocher ce qu’il est – nous avons tous nos limites – mais pour oser revendiquer de la part de l’Eglise hiérarchique (et donc de celui qui est à  son service, comme œserviteur des serviteurs de Dieu selon l’expression de Grégoire le Grand) une autre posture pour aujourd’hui.

Notre attention portera sur quatre aspects : – en premier lieu, l’ouverture oecuménique, au-delà  de la courtoisie et des déclarations générales qui n’engagent pas véritablement ; – en deuxième lieu, l’accueil des doléances et des propositions au sein de l’Eglise catholique qui ne vont pas forcément dans le sens des idées personnelles de Joseph Ratzinger ou de la théologie romaine ; – en troisième lieu, l’image donnée d’une Eglise qui me se contemple pas seulement le nombril, mais qui a conscience de n’exister que pour le bien de l’humanité et dans le respect des libertés individuelles concrètes ; – en dernier lieu, une moindre obnubilation sur la famille et une attention réelle aux grands enjeux de justice sociale. On connaît le bon film policier de Georges Lacombe œle dernier des six (1941), dans lequel l’excellent Pierre Fresnay interprète avec brio le rôle d’un Commissaire à  la sagacité éprouvée. Il se présente luimême comme œpatient mais… (à  chaque fois un autre adjectif). Face à  ce nouveau Pontificat, Golias veut bien encore rester œpatient, mais… .

De plus en plus, hélas, c’est le œmais qui semble l’emporter si l’on en juge les premières orientations des 4« 100 jours » de Benoît XVI+ (cf notre dossier dans Golias n°102).

GOLIAS