Josef RATZINGER

Christian Terras l’auteur de cet ouvrage et directeur des éditions Golias, qui a enquêté depuis plus vingt ans sur Josef Ratzinger, révèle un portrait inédit du nouveau pape, et décline les vrais enjeux de ce nouveau pontificat.

« Habemus Papam ! Joseph Ratzinger ».

Qui est ce nouvel élu ?

Un théologien de très grande classe mais aussi un homme sans grande expérience pastorale, à  l’interprétation très restrictive du dernier Concile.

Résultat d’une enquête de plus de vingt ans sur Josef Ratzinger, ce livre dresse un portrait inédit du nouveau pape et décline les enjeux réels de ce nouveau pontificat.

L’ordination de la première femme prêtre à  Lyon

A peine l’annonce faite de l’ordination d’une femme prêtre le 2 juillet prochain à  Lyon, que tombe déjà  la sentence de la hiérarchie catholique : ….

L’ORDINATION DE LA PREMIERE FEMME PRETRE A LYON

A peine l’annonce faite de l’ordination d’une femme prêtre le 2 juillet prochain à  Lyon, que tombe déjà  la sentence de la hiérarchie catholique : « une telle célébration constitue sans équivoque possible un acte grave » a réagi l’évêque de Nîmes dont dépend cette diocésaine du Gard.

Et d’ajouter : « les personnes concernées devront en mesurer les conséquences ». sous entendu : l’ excommunication pure et simple.

Voilà  comment dans l’Eglise catholique on répond à  un acte embarrassant certes, mais qui n’est pas sans poser question sur l’avenir des communautés chrétiennes.

Rappelons que le 22 mai 1994, en la personne de Jean Paul II et du cardinal Ratzinger, à  l’époque préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, l’Eglise avait définitivement réglé la question de l’ordination des femmes avec la publication de la lettre apostolique « Ordinatio sacerdotalis », à  savoir : Au non de Dieu et de la Tradition, l’ordination des femmes dans l’Eglise est impossible.

Contrairement à  Paul VI qui avait dit plus modestement que l’Eglise « ne se sent pas autorisé à  nommer des femmes », le pape défunt et son mentor théologique, Josef Ratzinger avaient tenu à  rendre leur verdict devant le tribunal de l’Histoire, d’une manière définitive et sans appel : Non l’Eglise catholique n’ordonne pas et n’ordonnera jamais les femmes !

Une démission extrêmement grave pour les futurs responsables de l’Eglise, et encore plus pour l’ensemble des baptisés, car elle se sépare de l’avenir de l’Eglise : les femmes qui font « tourner » la boutique Eglise (catéchisme, paroisse etc.).

Et arrive ce qui devait arriver : un acte de transgression de la part de femmes qui ne se contentent plus de jouer les seconds rôle au sein de l’institution ecclésiale. Un acte qui révèle que de plus en plus de fidèles, ne se satisfaisant pas de la « volonté de Dieu » comme explication.

Sans vouloir porter atteinte à  Dieu, ils expriment parce qu’ils sont croyants, leur refus du diktat et du non débat au sein de l’Eglise catholique des questions « sensibles ». En effet, par quel moyen les responsables de l’Eglise ont ils obtenus la certitude absolue que Dieu ne veut pas l’ordination des femmes ?

Celui qui travaille les textes officiels pour être éclairé sur la question, est toujours étonné de découvrir que les soi-disants « raisons définitives » ne sont,en fait, que des arguments d’autorité.

Pour cette raison les fidèles n’ont pas le choix : ils n’ont qu’à  se soumettre à  la décision de l’autorité ou se mettre en dehors de l’Eglise.Comme les autorités ecclésiastiques peuvent-elles être aussi intransigeantes et passéistes ?

On dirait qu’elles préfèrent perdre ses fidèles (et même ses prêtres) plutôt que de changer sa position sur la place des femmes dans l’Eglise.Délibérement tourné vers les passé, l’Eglise du XX° siècle si elle continue à  fermer le débat sur l’ordination des femmes risque fort de ressembler à  celle du XIX° siècle.

La hiérarchie catholique prépare ainsi une Eglise incapable d’avancer et surtout amputée des femmes qui la composent et la font vivre au quotidien. C’est pourquoi de plus en plus nombreux sont les fidèles qui aiment l’Eglise et veulent faire entendre le message du Christ dans le monde d’aujourd’hui et de demain, sont extrêmement sensibles à  l’incohérence d’une refus qui n’a aucune avenir.

Comment expliquer aux jeunes générations que le sexe est le critère pour refuser un sacrement aux femmes.

Comment leur dire que le hasard de la biologie compte avant toute considération : les besoins de l’Eglise, l’aptitude pastorale ou l’appel de Dieu ? Elles trouvent cela bien étranges.

Les interrogations, voire les transgressions de ces chrétiens et chrétiennes ne signifient ni insolence ni arrogance et encore moins manque de loyauté envers les responsables de l’Eglise. Ils pensent simplement que cela relève de la naïveté de dire comme le font certains évêques que l’Esprit Saint est capable de palier la pénurie actuelle des prêtres.

Si ces chrétiens reconnaissent que l’Esprit a accompli des prodiges avec un pape comme Jean XXIII, ils savent aussi qu’il est à  l’oeuvre dans chacun des membres de l’Eglise.

Que la « tête » ne se coupe pas du corps. Qu’elle se rappelle que l’Esprit ne limite pas son action au sommet de l’Eglise, ni à  elle seule.

Alors au lieu de condamner immédiatement un acte qui dérange, qu’elle apprenne à  lire dans « les risques du temps » les germes d’espérance qui lui redonneront un nouveau souffle.

Sinon l’Eglise catholique, une fois de plus manquera, s’il n’est déjà  pas trop tard, un nouveau tournant dans l’histoire de notre humanité présente.

Christian Terras
Directeur de la revue Golias

Habemus quel pape ?

Dès que le prénom « Joseph » a été annoncé de la fenêtre vaticane par le cardinal Estévez, beaucoup de gens ont compris que le pire était arrivé… sur le trône de Pierre : Josef Ratzinger, l’homme …..

Dès que le prénom « Joseph » a été annoncé de la fenêtre vaticane par le cardinal Estévez, beaucoup de gens ont compris que le pire était arrivé… sur le trône de Pierre : Josef Ratzinger, l’homme de la discipline, des rappels au règlement, des condamnations. Au fil des années, il était apparu comme le chien de garde de la morale, du dogme, du célibat sacerdotal, du monopole des mâles, et le voilà  maintenant pape à  part entière, n’ayant même plus à  se cacher derrière la signature ou la silhouette de Jean-Paul II.

Sa nouvelle situation va-t-elle changer le cerbère en pasteur ouvert et accueillant ? Il faudra un bien grand miracle pour une telle conversion, tant il s’est engagé dans des positions qu’il a pu lui-même bétonner, vu sa place et son autorité. En fait et depuis des années, Josef Ratzinger était devenu le vrai meneur de l’Eglise, son éminence grise en robe rouge. Ce qui explique la rapidité de son élection qui n’a fait qu’officialiser une situation de fait. Jean-Paul II, depuis longtemps si diminué par la maladie et qui avait d’autres centres d’intérêt, laissait la gouvernance de la Curie à  son équipe polonaise et avait confié la gestion des grandes orientations de l’Eglise à  Ratzinger. D’ailleurs l’hommage rendu par le pape mourant à  son futur successeur en dit long sur la place que ce dernier avait tenu dans les coulisses. Jean-Paul II, dans un dernier éclair de lucidité et un élan de gratitude lui avait rendu hommage et avait ainsi désigné son dauphin.

Le poêle fumait blanc depuis longtemps dans les bureaux du Vatican, il a suffi simplement, le moment venu, d’en brancher le tuyau de sortie. Car les cardinaux, dépassés pour le plupart par la situation, et en l’absence d’un opposant offrant toutes les garanties (qualités morales, santé physique…) ont préféré une valeur sà»re dont l’attachement à  l’Eglise apparaissait indéniable. Les cardinaux réformistes, malgré la valeur de certains, n’ont pu faire le poids.

C’est donc parti pour une Eglise condamnée à  un nouveau retour en arrière ? La réponse n’est pas simple tant est complexe la personnalité du nouveau pape qui affirmait encore la veille de son élection que l’Eglise allait très mal, rongée de l’intérieur par le relativisme. Sitôt élu, son premier discours s’est voulu rassurant : il a parlé d’unité et de dialogue, mais comment et avec qui ? On le sait, le plus gros problème de l’Eglise romaine aujourd’hui est d’abord avec elle-même, c’est-à -dire à  l’intérieur des communautés catholiques. Il y a, globalement, la question de la foi chrétienne qui doit se vivre dans un monde moderne, matérialisé, « libéré« . Il y a, plus précisément, la question des ministères, de la place des femmes, de la sexualité, de la démographie mondiale, du sida, de la pauvreté …, et tous les problèmes soulevés par les recherches et les découvertes scientifiques sur la cellule humaine. Autant de questions auxquelles il faudra bien apporter au moins un début de réponse, sur lesquelles Rome devra communiquer autrement qu’à  travers des déclarations d’autorité ou des rassemblements de stades. Josef Ratzinger, maintenant pape, est-il capable d’ouvrir cet immense chantier de débats ? L’avenir le dira, alors que son passé tend à  nous conduire au désespoir…

Et nous, chrétiens d’ouverture, qu’allons-nous devenir, qu’allons-nous faire ? La réponse est simple : on continue. On continue de vivre, d’aimer, d’espérer, de croire, là  o๠on est, présents et actifs dans notre monde tel qu’il est et à  construire. On continue d’exiger des réformes. On continue de se battre, en sachant que ce sera difficile, que des décisions risquent de nous arriver, plus enfermantes encore. Mais c’est dans un Dieu d’amour et de liberté que nous avons mis notre foi, et non dans un système religieux qui, pour nécessaire qu’il soit, n’est qu’au service de la foi de chacun. Et nous savons prendre des distances protectrices, lorsque c’est nécessaire.

Si comme on peut l’espérer, après la période d’un pouvoir jean-paulinien centralisé jusqu’à  la caricature, l’heure arrive d’une certaine collégialité mondiale, il faudra bien que tous ceux qui, comme nous, n’ont jamais oublié Vatican II soient présents, actifs, même si pour cela, ils doivent s’imposer, s’ils doivent manifester, pétitionner et braver les inévitables béni-oui-oui et les nostalgiques du passé. Josef Ratzinger est un homme accroché à  des certitudes dont certaines font peur. Mais intellectuellement, c’est un costaud et il a pour lui un indéniable sens de l’Eglise. Son Eglise n’est pas exactement celle que nous souhaitons. A nous de faire entendre une autre voix. Il n’a pas été insensible à  l’expression des craintes que son arrivée a soulevées. Peut-être, demain, entendra-t-il ce que pensent et souhaitent des millions de catholiques à  travers le monde que son élection a tant déçus …
Jean MOLARD