BENOIT XVI

Grâce à  Jean-Paul II, l’Eglise catholique romaine a conquis le centre de la scène mondiale.

Les responsables de l’Eglise de l’après Wojtyla voulant continuer son oeuvre, un trésor à  faire fructifier pour le cardinal Ruini – Grand électeur au conclave – et Josef Ratzinger, le nouveau pape. Deux hommes qui ont œgéré la vacance du pouvoir au Vatican, au nom de la totale confiance que leur faisait Jean Paul II.

Accompagnant l’agonie du pape, Joseph Ratzinger et Camillo Ruini se sont alors produits en analyse de géopolitique religieuse, s’essayant à  tracer les scénarios présents et futurs pour l’Eglise et le monde. Joseph Ratzinger l’a fait en particulier le 1er avril, la veille de la mort de Jean Paul II, lors d’une conférence à  Subiaco, le coeur du monachisme occidental et de Saint Benoît, père et patron de l’Europe chrétienne.

Dans une organisation comme l’Eglise, la mémoire est un langage essentiel Lorsque le pape Wojtyla s’est présenté au monde comme le guide appelé par Dieu pour faire entrer l’Eglise dans le Troisième millénaire, le parallèle obligé emprunté par certains observateurs fut ce qui se réalisera en Europe après l’an Mille.
Le philosophe Philippe Nemo, notamment, dans son livre sur la naissance de l’Occident moderne, le désigna même sous l’appelation de œRévolution papale. Grégoire VII, moine et pape, est le protagoniste le plus connu de cette révolution qui s’est produite au XI° siècle, mais en réalité, elle fut une entreprise collective qui dura plusieurs décennies et concerna tout à  la fois et ensemble des dimensions religieuse, culturelle et politique.

Cette révolution commença avec un redressement et un œnettoyage d’inspiration rigoriste, semblables à  ceux invoqués par le cardinal Ratzinger lors de ses œméditations pour le Chemin de Croix du Vendredi Saint dernier. Le pape Wojtyla avait lui-aussi cette intuition primordiale : c’est au début du Troisième millénaire que l’Eglise doit faire sa révolution. En effet pour la pape défunt, les temps étaient mà»rs pour un nouveau passage de civilisation, avec à  sa tête l’Eglise de Rome et comme théâtre, non seulement l’Occident mais le monde. D’o๠une débauche de signes et de geste que Jean Paul II considérait à  ses yeux comme prophétiques : ses voyages jusqu’aux confins du monde ; le défi lancé aux nouveaux empires du mal, politiques et culturels ; les rencontres interreligieuses d’Assise sans oublier ses œmea culpa pour les fautes du passé.

Or, au dernier conclave a triomphé la ligne défendue et théorisée par Ratzinger, et Ruini. Le successeur de Jean Paul II hérite donc de son intuition de fond et de son oeuvre encore en chantier, même s’il les fera fructifier avec des modalités forcément différentes.

Ainsi, nombre des gestes de Wojtyla, les plus universellement appréciés et qui ont marqué son pontificat, ne seront pas repris.
Sur les rencontres d’Assise, en particulier, les oppositions au sein de la curie et du Sacré Collège (les cardinaux) furent d’une telle intensité qu’elles conduisirent Wojtyla à  opérer un réajustement sensible de la ligne de son pontificat.

La crainte notamment que ces rencontres entre responsables des religions du monde constituent une sorte d’ONU des croyants conduisant à  la confusion et à  une dérive de la mission de l’Eglise amena le cardinal Ratzinger, à  produire une sentence doctrinale comme antidote au risque de œrelativisme théologique et spirituel du message de l’Evangile transmis par l’Eglise catholique. Ainsi, le responsable allemand de la Congrégation pour la doctrine de la foi promulga-t-il l’encyclique œDominus Jesus (5 septembre 2000) en pleine Année Sainte, sur un mode qui ne doit plus offenser l’Eglise à  savoir : la foi catholique en Jésus Christ est l’unique et seule voie de salut pour les hommes d’aujourd’hui. Plus récemment, toujours au sujet des risques du dialogue interreligieux , les chefs de file du courant progressiste dans ce domaine, le cardinal Kasper (responsable à  la curie de l’oecuménisme) et le général des jésuites, Peter Hans Kolvenbach se sont re-positionnés sur une ligne complètement intransigeante œun vrai dialogue ne peut se réaliser sur la facilité du confusionisme o๠indistinctement se mélangent différentes religions et encore moins sur le relativisme dans lequel toutes les religions se valent.

Quant aux œmea culpa, le pape Wojtyla s’est souvent trouvé en minorité avec les plus hauts sommets de la hiérarchie de l’Eglise. En 1994, par exemple, il consulta les cardinaux et leur soumis son projet de demander pardon publiquement pour les fautes des œfils et filles de l’Eglise au cours de certaines périodes de l’histoire.

Il fut submergé d’objections. L’archevêque de Bologne, par exemple, à  l’époque le cardinal Giacomo Biffi, adressa publiquement ses critiques dans une lettre pastorale à  ses fidèles. Là  aussi, le pape eut recours à  l’aide du cardinal Ratzinger qui publia en mars 2000 un document théologique qui répondait point par point à  toutes les objections. Or, le plus curieux dans ce texte, est que les objections sont toutes richement argumentées alors que les réponses apparaissent d’une grande faiblesse et peu convaincantes. Le cardinal Ratzinger écrit en particulier que Jésus (citation à  l’appui de l’Evangile Matthieu 23,29) lui-même ne tolérait pas qu’on juge les protagonistes du passé avec la conscience d’aujourd’hui : œgare à  vous, scribes et pharisiens hypocrites qui dites : œSi nous avions vécu au temps de nos pères, nous ne nous serions pas associés à  ceux qui ont fait verser le sang des prophètes.

Toutefois, cela n’empêcha pas le pape de donner libre cours à  sa décision d’un œmea culpa de l’Eglise catholique. Et, pour les tenants de la ligne dure, sans aucune réciprocité de la part des gouvernants et responsables d’autres religions impliquées dans le passé des persécutions anti chrétiennes…

Ceci ne signifie pas pour autant que Benoît XVI le successeur de Jean Paul II abolira les œmea culpa de l’Eglise catholique. Il en prononcera sà»rement d’autres, mais de manière complètement différente de ceux énoncés par le pape Wojtyla si l’on en juge par la lecture du discours du cardinal Ratzinger lors du Chemin de Croix, au Vatican, le Vendredi Saint dernier. Dans ses méditations sur la Passion du Christ, le cardinal allemand indique que c’est l’Eglise qui demande pardon non pour les fautes du passé, mais pour celles d’aujourd’hui. Et ce parler, elle ne le demande pas au monde, mais à  Dieu : œSeigneur, je te confie ton Eglise qui ressemble à  un navire qui coule… Et là  o๠tu vas semé les germes de l’espérance, nous voyons davantage de zizanie et de confusion.
L’opprobe pèse désormais sur ton Eglise. Nous sommes nous même salis par ces tâches qui s’étalent et imbibent le tissu de la communauté ecclésiale. Nous sommes en train de te trahir un peu plus chaque jour, et ce, malgré la démonstration de nos paroles et de nos actes. Seigneur, ai pitié de ton Eglise !
. A cet instant précis et à  d’autres étapes du Chemin de Croix, le cardinal Ratzinger n’a eu de cesse de faire entendre sa demande de mettre l’Eglise en situation ou de pénitence et de purification, à  commencer par ses cadres, du clergé aux évêques ; bref, le message envoyé était clair : le nouveau pape sera élu pour reprendre vigoureusement en main le gouvernement ordinaire de l’Eglise, quelque peu oublié par Jean Paul II.

De l’héritage du pape défunt, Benoît XVI continuera la bataille sur laquelle il s’est le plus investi : contre le mal de l’Occident dont l’idéologie dominante sur sa conception de l’homme, de la naissance à  la mort, n’est plus à  même de distinguer le bien du mal.

Cette bataille ne fera l’objet d’aucune trêve lors du pontificat de Benoît XVI. Pis, l’importance des interventions sur ces questions (dans les derniers mois qui ont précédé l’agonie de Karol Wojtyla) des cardinaux Ratzinger et Ruini s’est accompagnée aux plus hauts sommets de la hiérarchie de l’Eglise de la montée en puissance d’un consensus sur leurs positions. Pour le cardinal Ruini, la œquestion anthropologique, le nouveau conflit contemporain concernant la vision de la vie et de l’homme œinfluera sur notre avenir, y compris celui du christianisme en Occident et dans le monde, de manière encore plus profonde et plus durable et ce, à  la hauteur du conflit mondial avec le terrorisme islamiste.

Quant au futur Benoît XVI dans sa conférence à  l’abbaye de Subiaco le 1er avril dernier; la veille de la mort du pape, il était porteur d’un message encore plus radical. Il a en effet, soutenu que la culture développée aujourd’hui en Europe œconstituait dans l’absolu la contradiction la plus radicale non seulement au niveau du christianisme, mais sur le plan des traditions religieuses et morales de l’humanité entière.Un autre changement prévisible suite à  l’héritage de Jean Paul II, concernera celui du gouvernement de l’Eglise. Selon une opinion désormais largement partagée au sein du sacré Collège, le pape Wojtyla a poussé à  l’extrême le principe de la primauté du Siège de Pierre.

Or, cette posture vient se télescoper avec la requête et la demande qui monte dans l’Eglise de Rome, au sujet de l’extension d’un autre principe, celui de la collégialité épiscopale. Sur cette question, le cardinal Carlo Maria Martini est le prélat qui a les vues les plus avancées du Sacré Collège. Qu’on se rappelle son discours mémorable lors du synode des évêques en 1999. Or, la nouveauté de ces dernières années, est venue du côté de l’aile conservatrice du Sacré Collège.

Le cardinal Ruini en particulier a relancé le débat dans son dernier livre en préconisant l’idée d’une réforme du gouvernement de l’Eglise qui fasse œla synthèse entre la perspective centrée sur le collège des évêques, telle qu’elle prévalait dans le premier millénaire et celle de la primauté pontificale qui a sous tendue l’organisation et l’autorité de l’Eglise catholique au cours du second millénaire. Nous sommes entrés dans le troisième millénaire. Benoît XVI est sur la même ligne.

Et avec lui le projet sur lequel le conclave est appelé à  se prononcer : une nouvelle Révolution papale, pour l’Eglise et pour le monde.

Christian Terras

Les autres UNE de la lettre de GOLIAS

Interview accordé au journal ‘LE PARISIEN’

Dans le journal ˜Le PARISIEN‘ du 17 avril 2005

A propos de l’OPUS DEI… Interview de Christian TERRAS recueilli par François VIGNOLLE.

François VIGNOLLE : L’opus Dei suscite beaucoup de fantasmes. Quelle est sa réelle influence au sein du Vatican ?

Christian TERRAS : Il ne faut pas diaboliser l’Opus Dei. Mais avec l’arrivée de Jean Paul 2 au Vatican, l’Opus Dei a pris une importance grandissante. Il s’est engagé dans la reconquête de l’Eglise qu’il trouvait trop ouverte au monde. Pour retrouver ses valeurs morales, l’O.D. a alors fait du lobbying auprès des politiques, du monde des affaires et des journalistes sur des questions comme l’avortement ou l’euthanasie.

F.V. : Comment l’O.D. a-t-il pu accéder au Vatican ?

C.T. : Avant Jean Paul 2, les papes ne voulaient pas de l’O.D. Ils trouvaient ses membres trop intrigants, trop mystérieux. Ils considéraient que son fonctionnement était trop opaque. Après son élection, Jean Paul 2 a estimé que l’Eglise était en perte de vitesse et que les congrégations traditionnelles (jésuites, franciscains…) n’étaient plus fiables. D’après lui le discours du catholicisme n’était pas assez identitaire. Jean Paul 2 a fait de l’O.D. sa locomotive pour évangéliser toute la plante. Il a canonisé de manière expresse, en 2002, José Maria ESCRIVA de BALAGUER, le fondateur de l’O.D. Vingt ans plus tôt, il avait érigé ce mouvement en prélature personnelle, c’est à  dire en diocèse extraterritorial.

F.V. : Quelles furent les conséquences de cette reconnaissance ?

C.T. : L’O.D. a fait une O.P.A. sur le Vatican. Paradoxalement, l’O.D. a révélé deux visages : un discours ultra conservateur sur le fond et beaucoup de modernité sur la forme. Joaquin Navarro VALLS, membre laïc de l’O.D. et patron de la salle de presse du Vatican, a orchestré médiatiquement tous les voyages du pape. La mise en scène des derniers moments de Jean Paul 2 se voulait un parallèle mimétique avec la Passion du Christ. C »est une stratégie de communication très fine qui nous amène à  nous interroger sur la manipulation des médias.

F.V. : L’O.D. finance-t-il le Saint Siège ?

C.T. : Après la banqueroute de l’Institut des Å’uvres de Religion (la banque du Vatican) en 1982-83, le déficit du Saint Siège a été comblé à  hauteur d’un milliard de dollars. On pense aujourd’hui que ces dettes ont été épongées par l’O.D. qui a restructuré l’organisation des finances du Vatican. Les circuits de l’O.D. sont très complexes et très opaques. Cela ressemble aux poupées russes avec la mise en place de sociétés écrans et l’utilisation des paradis fiscaux. L’O.D. a la culture du placement financier.

F.V. : Pour le prochain Conclave, l’O.D. ne semble pas en position de force ? Avec seulement deux cardinaux sur les 117 qui pourront élire le nouveau pape…

C.T. : Leur influence est inversement proportionnelle au petit nombre de cardinaux convoqués pour le conclave. L’O.D. a installé ses hommes aux postes clés. Le cardinal HERRANZ, président du conseil législatif (l’équivalent de notre ministre de la justice) a mis en musique depuis des années la doctrine morale du Vatican. Cent cinquante membres de l’O.D. sont présents au sein du Vatican. N’oublions pas que ce mouvement travaille en coulisses. Il finance les médias mais aussi les églises du Tiers-monde. Depuis plusieurs semaines, dans des villas discrètes de Rome, l’O.D. explique à  tous ses bénéficiaires qu’ils lui sont redevables. C’est une manière de faire pression pour la prochaine élection du pape.

F.V. : Est-ce à  dire que le prochain pape sera proche de l’O.D. ?

C.T. : Même si l’O.D. a assuré ses arrières, le discours moraliste du pape a provoqué beaucoup de dégâts au sein de l’Eglise. Les blessures sont encore vives dans les courants traditionnels. Le problème de l’héritage de Jean Paul 2 n’est donc pas réglé. Beaucoup de cardinaux pensent aujourd’hui qu’on est allé trop loin et que ce jusqu’au-boutisme religieux n’est plus tenable. Mais quelque soit le profil du nouveau pape, l’O.D. continuera à  infiltrer l’institution.

Pour vous permettre d’approfondir votre connaissance sur ce mouvement et d’autres similaires…


L’OPUS DEI
Les Chemins de la Gloire – Peter HERTEL – Editions GOLIAS, Sept 2002

Pour ne pas apparaître comme les seuls détenteurs de l’information à  ce sujet, un autre ouvrage parmi beaucoup :


L’OPUS DEI, enquête sur une église au coeur de l’Eglise
– Bénédicte et Patrice Des MAZERY – Editions FLAMMARION.

Jean Paul II est parti !

Nous n’avons pas, par comparaison avec les royautés, les mêmes usages de transmission héréditaire du pouvoir dans l’Eglise, mais, après un petit délai de quelques jours qui n’a de démocratique que l’apparence, les monarques se succèdent dans la continuité autant que dans la différence.

Si le Pape Jean-Paul II fut un grand maître dans l’art d’utiliser les media, il faut reconnaître qu’elles le lui ont bien rendu à  l’occasion de sa maladie, de son agonie et de sa mort. La brosse à  reluire a été rarement utilisée avec autant de frénésie. Et il faut bien reconnaître encore que l’impact humain actuel, le concours des foules et des grands de ce monde, doit beaucoup plus à  la maîtrise et au rayonnement du Pape décédé qu’à  l’impact du matraquage médiatique actuel: chaque antenne, chaque écran veut en être de son petit et de son grand couplet comme s’il n’y avait rien d’autre à  dire, comme si la terre s’était arrêtée de tourner. La fidélité à  l’esprit du pape défunt nous aurait sans doute valu quelques rappels touchant à  la guerre, la violence, la misère, les divisions…sans parler du capitalisme, de la sécularisation de la sexualité et du reste, le tout à  la sauce mariale, naturellement dans un contexte légitime de ferveur, de fierté et de patriotisme polonais.

On s’est complu ainsi à  exalter une oeuvre reconnue et considérable : le voyageur, le rassembleur, l’idole des jeunes, le pape de la repentance et de l’inter-religieux, en ce qui concerne les trois monothéismes…on a évoqué aussi, et peut-être surtout, le restaurateur de l’aura pontificale et, disons-le, d’un certain triomphalisme du catholicisme ; on a souligné ensuite son intensité spirituelle et tout particulièrement sa grande piété mariale ; on n’a pas oublié l’athlète qu’il était, sa sublime endurance dans l’épreuve physique, athlète de Dieu aussi dans ses multiples écrits et prises de parole, dans sa théologie.

Mais toute médaille a son revers, et certaines voix discordantes n’ont pas manqué de se faire entendre, qu’il s’agisse de mouvements comme « wir sind kirche » spécialement en Allemagne et en Autriche, ou qu’il s’agisse de condamnations touchant des mouvements, comme « la théologie de libération » ou des personnes comme Hans Kung ou Eugen Drewermann, qui sont loin d’être les seules. Sous son règne, il ne faisait pas bon de s’opposer à  l’idéologie pontificale. D’autres voix s’étaient élevées, mais avaient été immédiatement recouvertes sous une chape de plomb, la plus célèbre et la plus citée est celle du Cardinal Martini, alors Archevêque de Milan.

Toutefois, les critiques nous arrivent souvent par une autre voie très révélatrice : faute de pouvoir supputer le nom du prochain élu du Conclave, on s’efforce de dresser son portrait robot et les grandes lignes inévitables du programme qui l’attend. Il est bien évident qu’à  moins d’un clone, nul ne peut chausser les bottes de Jean-Paul II ; or, il aurait fallu pour cela qu’il s’y prenne plus tôt et, de toutes façons, sa morale refusait le clonage. Le successeur, quel qu’il soit, aura d’autres charismes et un héritage fait d’ombres et de lumières à  assumer. A défaut d’être un nouveau Jean-Paul II, polyglotte et voyageur, idole des foules, le nouveau Pontife aura le devoir de n’être que lui-même dans le service de l’Eglise et du monde.

Les grands thèmes sont alors toujours les mêmes, dans un ordre ou dans un autres. Sans aller jusqu’à  la démocratie intégrale au sens moderne du terme, il est question de collégialité : Jean-Paul II a hérité de Paul VI et poussé à  l’extrême l’absolutisme pontifical, ce qui était une trahison patente de l’écclésiologie de Vatican II : le corps apostolique des Evêques n’entourait plus le Successeur de Pierre qu’à  titre de valets, et était choisi dans ce sens. Dans cette affaire, il n’en va pas seulement de chaque Evêque pris individuellement, il en va aussi de l’avenir des Eglises locales et surtout continentales. La mondialisation, tout comme la régionalisation, ne permettent pas plus l’impérialisme romain et occidental que l’impérialisme américain actuel en d’autres domaines, de s’imposer souverainement. A défaut d’aura universelle, le nouveau Pontife aura le devoir de respecter l’Eglise et le monde dans sa diversité, en respectant l’autonomie du Corps apostolique.

Il s’agit donc d’une autre approche et de l’Eglise et des hommes, une acceptation des cultures, des traditions, des évolutions aussi. L’héritage actuel est celui d’un monolithisme institutionnel et doctrinal qui ne respecte pas plus l’évolution de l’ Occident que la situation et l’évolution du reste du monde. De théologique la doctrine romaine est devenue peu à  peu idéologique en s’appuyant sur une systématique greco-médiévale qui a fait son temps depuis belle lurette : Rome s’était appuyée dessus au XIX° siècle pour contrer l’évolution de la pensée occidentale, cela n’a guère survécu sauf dans certaines écoles, comme celle de Lublin en Pologne, inspiratrice du Pape. Toutes les Encycliques du dernier Pape, de même que son Catéchisme, en sont marquées et cela n’a guère intéressé et fait évoluer la pensée, même s’il s’est toujours trouvé quelques thuriféraires de service. A défaut de génie théologique et philosophique, le nouveau Pontife aura le devoir d’épouser l’évolution de la pensée de son siècle, en Europe et ailleurs..

Mais ce fixisme suranné ne s’en est pas tenu qu’à  des conséquences au niveau de la pensée, il a pesé beaucoup plus lourd encore au niveau de la théologie morale : il ne s’agissait pas de permettre tout et n’importe quoi, surtout devant des questions souvent radicalement nouvelles : bioéthique, génétique, sexualité, etc…dont les répercussions socio-culturelles étaient patentes ; Il faut reconnaître que là , sans doute pour les mêmes raisons, Jean-Paul II a achevé l’oeuvre de ruine du concile Vatican II amorcée par Paul VI: en se réservant les questions du célibat sacerdotal et de la sexualité, en publiant ses deux encycliques sur le sujet, et tout particulièrement « Humanae vitae » en 1968. Le Pape d’alors avait sonné le glas de la parole pontificale. L’Eglise avait perdu tout crédit en ce qui concerne les femmes, la sexualité, et le sacerdoce…et cela n’a fait que croître et embellir. Le malheur est que cette ruine a rejailli sur le reste de la parole pontificale qui en d’autres domaines était loin d’être nulle et non avenue. A défaut de triomphalisme romain, le nouveau Pontife aura le devoir de restaurer le crédit de la parole pontificale en matière d’éthique et de morale, en redevenant crédible dans les autre domaines.

Le jeu du pouvoir d’une personne exceptionnelle, charismatique en bien des domaines, s’est traduit aussi dans le fait que l’exercice de la parole mondiale s’est exprimé dans un certain désintéressement de tout le grenouillage de la curie vatricanesque. Au fond, Jean-Paul II a laissé faire une foule de choses et de gens, en s’appuyant sur quelques amis de la Curie, comme le Cardinal Ratzinger, et sur quelques groupes dits spirituels, comme les Focolarii, Communione et liberatione, St Egydio; il a même laissé plus que du pouvoir à  l’Opus Dei, qui était venu au secours des finances du Vatican et qui présentait une idéologie proche du rêve clérical de l’Eglise de Pologne. Le Pape a même concédé en sa faveur une entorse aux traditions de l’Eglise en canonisant avant l’heure le fondateur de cet Institut, et en donnant à  ce dernier une situation d’exception dans le monde entier. Il est vrai qu’en la matière le pape a canonisé plus de Saints que tous ses prédécesseurs réunis. Peut-être se préparait-il une place à  son tour ? Quel ² qu’il soit, le nouveau Pontife aura le devoir de remettre de l ˜ordre dans le Vatican et dans la Curie romaine, et ce ne sera pas facile après les habitudes prises.

Et l’on en vient ainsi aux échecs de ce pontificat qui n’a pourtant pas manqué de grandeur : on ne peut jamais gagner sur tous les tableaux à  la fois. S’il y a eu un rôle très important au niveau de la libération de la Pologne et des Pays de l’Est, lui attribuer tout, comme on le fait ces jours-ci, en omettant de parler du rôle des USA et de Gorbatchev dans l’affaire , est un mensonge historique. Il en va de même à  propos de la politique vaticane en Amérique-Latine : l’anticommunisme viscéral compréhensible du Pape, mais aussi du Président Reagan et de ses successeurs, a contribué à  soutenir des dictateurs et à  ouvrir le continent aux sectes, au détriment des Eglises locales, remises entre les mains d’Evêques conservateurs. Le nouveau Pontife aura pour devoir de choisir entre une politique libérale pro-américaine et une ouverture aux recherches et aux combats du monde. On se goberge dans les émissions actuelles du nombre de catholiques en Amérique-Latine, sans évoquer les désaffections et les progrès des sectes venues des USA. C’est un aveuglement historique.

Mais il faut parler d’un autre échec, occidental cette fois : la « Nouvelle Evangélisation ». Jean-Paul II, affolé par les dérives occidentales de la chrétienté, avait rêvé que les Eglises des Pays de l’Est, vivifiées par l’opposition aux régimes communistes, allaient donner un coup de fouet à  nos vieilles Eglises de l’Ouest, installées et sécularisées ; et c’est plutôt l’inverse qui s’est produit, même si certaines Eglises restent plus vivantes là -bas qu’ici. Ce ne sont pas les prêtres importés par wagons en Alsace et ailleurs qui redonnent vie aux diocèses de France, ils n’encouragent jamais que la Tradition au pire sens du terme et la réaction. Le nouveau Pontife aura le devoir de ne pas rêver à  partir de son histoire personnelle et nationale, et de se situer par rapport au monde et aux Eglises tels qu’ils sont.

Il faut sans doute évoquer un autre échec qui a du être très dur pour Jean-Paul II : ce qu’il a relativement réussi par rapport aux autres monothéismes, juifs et musulmans, s’est heurté à  un mur un peu chez les Protestants et surtout chez les Orthodoxes. Les causes ne sont certainement pas les mêmes et les autres chrétiens sont loin d’être innocents dans ces échecs. Mais les faits sont là . On peut même penser que Paul VI était allé plus loin en la matière vis-à -vis des Orthodoxes. Le défunt Pape, au nom de son intégrisme catholique relativement aux prêtres mariés, aux femmes ordonnées, et à  d’autres sujets, mais surtout au nom de sa succession de Pierre et de l’interprétation catholique de la Tradition, a rejeté nos frères protestants et orthodoxes. Cela a du lui être très dur, mais bâti comme il était il n’a du comprendre rien à  rien. Le nouveau Pontife aura le devoir de rencontrer nos frères chrétiens avec un autre regard d’amour et un moindre souci de son propre pouvoir.

Mais, si l’on a évoqué une relative réussite vis à  vis de nos frères monothéistes, et une moindre malheureusement vis à  vis de nos frères chrétiens, la question est posée aujourd’hui par rapport à  ce que l’on appelle l’ « inter-religieux ». Elle n’est pas nouvelle, puisque qu’elle s’est posée déjà  à  propos de la Chine avec le P.Ricci et les Jésuites, il n’y a pas moins de 4 siècles ! Le grand visiteur triomphaliste des chrétientés du monde n’a pas manqué de sanctionner les catholiques immergés dans d’autres contextes religieux et en particulier les théologiens qui là -bas ou à  Rome en tiraient des questions ou des conséquences théologiques non conformes à  la tradition romaine. Le nouveau Pontife, quel qu’il soit, aura à  coeur d’écouter ceux qui s’engagent et travaillent par respect et par amour, sur les marges. Il aura aussi à  coeur d’écouter les leçons et les grandeurs des autres traditions spirituelles.

Le plus grave est sans doute dans sa formule choc, rappelée maintes fois : « N’ayez pas peur ! » Certes, elle a eue une valeur par rapport au bloc soviétique et à  la Pologne. Certes, certains catholiques ont pu s’en faire un blason par rapport aux interrogations et aux remises en cause actuelles de notre société, mais, tout bien regardé, elle sonne d’une manière étrange par rapport à  un pontificat qui semble précisément avoir été marqué par la peur devant les dérives du monde. Jean-Paul II s’est ainsi employé à  « resserrer les boulons », à  fermer tout ce qui pouvait paraître interrogation ou ouverture. Nos contemporains ne savaient pas, mais, lui seul savait et il usait de son pouvoir de bloquer tout. Jean-Paul II a sans doute été ainsi le seul dernier monarque de la terre à  cumuler tous les pouvoirs et à  en user à  la mesure de ses idées et de ses phantasmes. Le nouveau Pontife aura le devoir d’être plus humble et plus serein, sans avoir besoin de formules choc qui passent médiatiquement mais ne convainquent personne.

Mais, s’il faut parler de la peur devant le monde, il faut parler de la modernité dans laquelle il nous est difficile de voir clair : tant de choses sont nouvelles, ou n’ont pas encore eu le temps de s’acclimater. Jean-Paul II s’est acclimaté aux media, à  l’avion, aux grands « shows », comme on dit. Il a développé ainsi un besoin d’affirmation qui lui venait de sa Pologne et de son oppression autant que de sa culture classique et de ses traditions. IL ne pouvait sans doute pas voir le monde autrement, et il faut le respecter. Mais il n’a cessé de transporter à  travers les continents la même image qui n’était que la sienne et celle d’une certain entourage. Le nouveau Pontife aura le devoir de regarder le monde tel qu’ il est et de l’écouter avant de présupposer qu’il connaît d’avance les réponses à  tout.

On pourrait ainsi multiplier les questions et les perspectives, le champ et les questions sont immenses. Sans doute peut-on espérer du prochain Pontife qu’il ne soit pas trop prisonnier ni de l’idéologie régnante, ni du Vatican, ni de l’image de son prédécesseur..

Le moins qu’on puisse dire est que ce ne sera pas facile et qu’on lui souhaite à  lui autant qu’à  nous « bonne chance ! » .

Jean-Paul II aura été, nul ne le conteste, un très grand politique, aura-t-il été pour autant un très grand Pape ? L’avenir le dira. Ce qui est certain dès aujourd’hui, c’est qu’il a fermé plus de portes qu’il n’en a ouvertes, il a poussé le bouchon trop loin et fait franchir à  la papauté nombre de points de non-retour.

Mémoire et identité

La virulence des réactions allemandes à  la lecture du dernier livre du pape « Mémoire et identité »? ne saurait être réduite – comme certains observateurs et journaux catholiques l’ont fait en France – à  l’agitation vengeresse de quelques rabbins teutons.

L’indignation du président des communautés juives, Paul Spiege n’était pas isolée. En effet, le cardinal Karl Lehmann, président de la Commission des évêques d’Allemagne, lors d’une rencontre œpleine de confiance réciproque à  Mayence, le vendredi 25 février dernier avec Paul Spiegel qui a signé avec ce dernier une déclaration précisant que œla singularité de l’extermination des juifs d’Europe par le régime terroriste du national-socialisme ne saurait être relativisée. Aussi rappellent-ils qu’une constante attention aux diverses sensibilités est nécessaire dans l’expression lorsque l’Holocauste est abordé dans les propos politiques, communautaires ou religieux. On ne peut être plus clair !

Le président des communautés juives, lors du débat évoqué, a relevé comme inacceptable l’affirmation péremptoire que œles persécutions des juifs ont cessé avec l’écroulement du régime nazi. Jean Paul II aurait-il été moins bien informé que le citoyen lambda sur la recrudescence des actes et écrits antisémites que ne cessent de dénoncer et de combattre les gouvernements et les évêques en Europe et tout particulièrement en France .

L’antisémitisme chrétien ou théologique qui faisait des juifs le peuple déïcide a été discrédité temporairement par la Shoah. Mais l’actualité marque un retour à  l’antisémitisme théorique tel qu’il a été développé en France par un Mauras, un antisémitisme qui voit dans le peuple juif l’incarnation du mal, un ferment de pourriture et de désagrégation du corps social.

Mais l’antisémitisme d’aujourd’hui n’est pas un simple œremake d’un Xavier Vallat s’indignant à  la tribune de la chambre des députés de voir la France gouvernée par un juif en la personne de Léon Blum. œJe joue désormais en camouflé, o๠tout est dit de manière oblique, à  demi-mot, par insinuations. Jean Paul II malgré le geste au Mur des Lamentations et la reconnaissance tardive, en fin de règne, de l’Etat d’Israà«l, s’inscrit en discret révisionniste lorsqu’il avancait – comme cité – que œles persécutions des juifs ont cessé avec l’écroulement du régime nazi, alors que œles crimes de l’avortement continuent, eux…

Jean Paul II jouait l’historien, il se voulait historien, il choisissait ses historiens. Nous avons les nôtres – non liés par serment à  la personne du pape – mais reconnus mondialement pour pilotes de l’histoire du temps présent.

Jean Paul II pour avoir été professeur de philosophie se voulait philosophe. Il avait son philosophe : œl’incontesté Rocco Buttiglione Avec lui il avait récemment organisé au Vatican un colloque sur le personalisme. Les spécialistes français de Mounier en furent été écartés. Ils auraient pu par mégarde évoquer le refus qu’il essuya d’accèder à  l’eucharistie au motif qu’il refusait l’allégeance au maréchal Pétain et l’adhésion à  la Révolution nationale.

Nous aurions souhaité pouvoir rappeler – entre autre – à  Jean Paul II que la biologie et le droit sont dans le champ de la réflexion épistémologique du philosophe. L’une et l’autre se refusant à  affirmer que le foetus – dès le moment de la fécondation – est personne humaine.

Christian Terras

GOLIAS, Qui sommes nous !

GOLIAS, évêque légendaire du Moyen Age, dont se réclamaient de fidèles disciples appelés goliards.

Clercs ou laïcs en rupture de ban et qui parcouraient le monde en exerçant le métier de saltimbanques. Ces gens sortent tout droit de bonnes écoles, seulement voilà , un beau jour, ils onr décidé de tout plaquer et de partir à  l’aventure, leur baluchon sur le dos parce qu’ils préféraient la grand’route et le vent du large aux senteurs des sacristies. Ce sont des hommes de Dieu, menant une existence de nomades et de ménestrels. Mais après tout que faisaient-ils d’autre ces bohémiens, que, de marcher sur les pas du Christ lui-même, fustigeant les adorateurs et les fidèles du temple, pour inviter à  sa suite le peuple de Galilée ?

Notre route n’est pas celle des puissants des rois et des évêques aucun d’eux ne connaîtra la saveur partagée d’un oignon au bord du chemin

BELIBASTE.

Refusnik !

Ce livre présente les témoignages poignants de soldats israéliens qui ont refusé d’obéir aux ordres de l’armée au nom de leur conscience, de leur morale, de leur altruisme.

Risquant la prison au nom d’idéaux, ces Refusniks forment un mouvement qui s’organise et qui pourrait avoir un impact sur d’autres conflits.