Monseigneur BARBARIN

Le jour de Noà«l 2004, sans doute en cadeau spirituel pour ses lecteurs croyants, Le Monde a « consacré » sa grande page des personnalités au cardinal Barbarin, présenté comme « ARCHEVàŠQUE DE CHOC » avec, en gros chapeau :

« Barbarin, c’est la coqueluche de Lyon, le « Sarko » de l’Eglise, s’enflamme la presse lyonnaise, le cardinal qui « décoiffe ».

La plume est tenue par Henri Tincq et à  lire l’hagiographie, on découvre qu’il n’y a pas que la presse lyonnaise qui s’enflamme… Pour la grande photo centrale, c’est le marathonien qui a été choisi : on y voit notre jeune et beau Primat des Gaules, en parfaite tenue de joggeur, mains sur les hanches, jambes largement écartées dans une souplesse de danseuse, poser heureux sur une passerelle de la Saône, vide et fortement éclairée. Comme seul horizon, se dresse, ignorant la ville, la Basilique de Fourvière illuminée. Quelle allure, ma chère, quelle sportivité, quelle suffisance aussi ! M’as-tu vu, as-tu bien vu le nouveau Cardinal de Lyon ? Qu’est-ce qu’il est beau, doit-on penser jusque chez Madame de Fontenay !

Quelques jours plus tard, on apprend par la presse que le même Philippe Barbarin a demandé à  Jacques Gaillot, l’évêque d’Evreux démis de ses fonctions il y a dix ans, de prêcher la retraite des prêtres du diocèse de Lyon. Cette fois-ci l’initiative nous le rend plus proche. Mais pourra-t-on le suivre longtemps dans ces différents coups d’éclat : la photo du Monde le représente (c’est un message ?) dans un grand écart à  la limite de la rupture des grands adducteurs… Comment tenter de comprendre le pourquoi de cette invitation à  un exclu, dont la vie a marqué celle de nombreux chrétiens ?
Après dix années, l’affaire Gaillot reste, il est vrai, pour l’Eglise de France, comme une vieille plaie jamais fermée. (voir Golias n° 99).

Alors, Gaillot – Barbarin, même combat ?

Philippe Barbarin n’a pas de passé personnel dans l’affaire Gaillot. De 1994 à  1998, il n’était pas évêque et se trouvait à  Madagascar. Pourquoi, alors que rien ne semble rapprocher les deux hommes, cette rencontre de collaboration, cette main tendue dans un secteur « sensible » : une semaine de formation spirituelle pour les prêtres diocésains dont il ne peut ignorer les sympathies de beaucoup pour l’ancien évêque d’Evreux ? Le grand écart, vous disait-on… Le cardinal redonne à  l’exclu, pour une semaine, une chaire officielle, et lui fournit un auditoire de choix ! D’une certaine façon, il le remet en selle. Un nouvel éclat et un défi, c’est sà»r, comme semble les aimer Philippe Barbarin.

Que vont en penser ses collègues évêques qui ont tout fait pour que Jacques Gaillot disparaisse de l’horizon religieux, espérant qu’il deviendrait lui-même un SDF parmi ceux qui l’attiraient tant ? Philippe Barbarin a-t-il un compte à  régler avec « ses frères » ? Il n’aurait pas apprécié lors de la dernière assemblée générale des évêques à  Lourdes (novembre 2004), de n’être pas reconnu digne de faire partie du Comité Permanent de l’Episcopat. Exclu, lui aussi ! Ce sentiment de n’être pas reconnu peut faire naître des solidarités. Est-ce une manière aussi de faire la nique à  ceux qui l’ont snobé ? Peut-être un peu de tout ça chez ce cardinal qui est un grand instinctif, qui y va à  l’affectif, qui veut séduire, qui veut marquer. Conservateur, certes, mais capable de coups de coeur. Et on aura remarqué, sans en tirer de conclusions, que l’annonce du choix de Jacques Gaillot a été fait quelques jours seulement après la parution du dernier numéro de Golias qui traitait longuement de l’affaire, dix ans après.

Philippe Barbarin, en bon tacticien de la course à  pied, veut tenir la tête du peloton, pour ne pas se faire enfermer dans la masse et s’y dissoudre. Sa vigueur est intéressante, mais il ne faudrait pas qu’il compte uniquement sur ses grands écarts pour éviter d’avoir à  choisir son camp. On n’a jamais manqué, à  Golias, de l’épingler lors de certaines de ses contorsions. On le fera encore, comme on relèvera, pour s’en réjouir, ses ouvertures sur l’Eglise nouvelle de Parténia et d’ailleurs. Mais il faudra aussi qu’il sorte du double langage. On ne peut rester trop longtemps écartelé dans la pose extrême du danseur.

Quant à  la situation de Jacques Gaillot, elle ne pourra se résoudre que par sa réhabilitation par Rome et son retour plein et entier au sein du corps épiscopal. Si Philippe Barbarin veut bien y contribuer, cela vaudra bien, en témoignage d’ouverture et d’annonce au monde, quelques-unes de ses méthodes U.S. de Nouvelle Evangélisation…

Jean Molard

Revue n°100

Politique : N. Sarkozy ou la tentation de Dieu.

Réflexion : L’héritage chrétien en disgrâce.

Cahier central : Manessier et Archabas : la lumière de la foi.

Document : L’index de GOLIAS [1985 – 2005]

Je me cache mais eux ne me cherchent pas

Dans le présent ouvrage, la quête de l’auteur l’amène à  une approche de la prière selon la même démarche, qui restera la sienne dans toute sa recherche de travailleur laïc de la théologie, qu’il n’a … interrompue qu’à  la veille de son passage sur l’autre rive le 2 octobre 2000.

A travers les notes qu’il nous laisse, Georges Lethé propose sa lecture, « qui n’en est jamais qu’UNE, parmi toutes celles d’hier, d’aujourd’hui ou de demain ».

Fidèle à  la tradition hébraïque, il l’aborde comme l’un des trois piliers sur lesquels repose la culture du peuple juif : l’étude, la prière, l’action.

Sant’Egidio et l’Algérie : un échec grave

Jusqu’à  aujourd’hui le terrorisme a fait 150.000 morts en Algérie et causé plus de 20 milliards de dollars de dégâts.

En 1995, l’année de la négociation de Sant’Egidio à  Rome les groupes armés liés au Front Islamique du Salut (le FIS) semaient la terreur dans de nombreuses villes d’Algérie. A Alger seulement, ils arrivaient à  assassiner en moyenne 100 personnes par jour. Or Sant’Egidio accepté que le représentant du FIS à  Rome soit Anwar Haddam, un membre du GIA, le groupe armé le plus sanguinaire.

Lorsque fut signalée cette information à  un responsable de Sant’Egidio, il continuera à  affirmer qu’il n’était pas au courant de cette affaire. Pourtant Anwar Haddam avait déclaré officiellement son appartenance au GIA quelques jours avant la négociation à  Rome, en répondant à  un interview télévisé. Alors que son responsable était encore dans la capitale italienne, le GIA a commis en Algérie un nouveau et grave attentat à  la bombe, causant 120 morts et de nombreux blessés graves : Haddam a d’ailleurs revendiqué l’attentat pour le compte du GIA. Et sait-on ce qu’il a déclaré au moment de signer les accords de Rome ? « Nous signons, mais nous ne déposerons pas les armes ».

De l’avis de nombreux observateurs politiques et religieux (notamment Khalida Messaoudi, fondatrice de l’association Rachda contre l’oppression des femmes et pour la réforme du code de la famille, condamnée à  mort par les extrêmistes islamistes en 1993 échappant à  deux attentants (elle est députée au Parlement algérien depuis 1997), Sant’Egidio « s’est couvert de honte dans cette affaire » à  cette occasion. Khalida Messaoudi n’y va pas par quatre chemins : « Sant’Egidio a fait la même chose que Daladier et Chamberlin à  Munich avec Hitler, et on sait que les accords de Munich n’ont pas apporté la paix et sauver l’honneur de l’Europe, mais la guerre et la honte. Sant’Egidio s’est comportée de la même manière. Aujourd’hui, je voulais faire une demande aux chefs de Sant’Egidio : pourquoi n’ont-ils pas proposé aux américains de conclure un accord avec Ben Laden ? Mais je peux répondre toute seule. La réponse est que Sant’Egidio considère les victimes américaines plus importantes que les victimes algériennes, et cela n’est pas pardonnable. Comme Algérienne, je ne pardonnerai pas à  Sant’Egidio d’avoir fait un marchandage avec le sang des algériens. D’autant qu’ils ont fait plus de mal encore : pendant des années on continuera à  répéter qu’en Algérie ce ne sont pas les islamistes qui tuent. Or quand on disculpe un criminel vous devenez un complice » (in hebdomadaire Tempi du 1er novembre 2001).

Une critique vive et acerbe à  la dimension de la tragédie algérienne. Toutefois, les critiques de Khalida Messaoudi ne sont pas isolées. En Algérie, les évêques d’Oran, Pierre Claverie et d’Alger, Henri Teissier ne se gênèrent pas à  leur tour pour dire ce qu’ils pensaient des initiatives d’Andrea Riccardi et de son groupe.

Mgr Teissier
: «Oui, il faut le dire, les « amis de Sant’Egidio sont ceux qui nous ont tués» a indiqué à  plusieurs reprises l’archevêque d’Alger.

Quant à  l’évêque d’Oran, il a été assassiné depuis par les mains – disent les évêques algériens – de terroristes qui ont été légitimés par Sant’Egidio.

Aujourd’hui en ces temps de crise international, avec l’Occident défié par l’islamisme, l’énigme Sant’Egidio se pose plus entière que jamais.

Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Que font-ils ?

C’était en tout cas les questions que se posaient nombre d’évêques en synode à  Rome à  l’automne 2001.

En effet, au même moment, Sant’Egidio organisait une rencontre islamico-chrétienne sous couvert de « dialogue ». Participaient à  ce grand rendez-vous plusieurs personnalités musulmanes éminentes : le grand mufti d’Egypte, Nasser Farid Wasel, le cheick Yusuf al-Qaradawi, directeur du centre de théologie islamique du Qatar, l’idéologie du mouvement des Frères Musulmans, l’égyptien Ezzedin Ibrahim.

Aux côtés ces personnalités musulmanes, on trouvait deux cardinaux : le français Roger Etchegaray et l’italien Carlo Martini (ex Milan). Chose étrange, ils écoutèrent impassibles, les discours enflammés anti-occidentaux et anti-juifs de leurs doctes interlocuteurs, sans répliquer. « Si c’est cela le dialogue il est temps d’arrêter » fut le commentaire de nombre d’évêques présents au synode. Que cherche Sant’Egidio ?